Parachat Vayétsé – La prière de Yaacov

22 novembre 2009 à 19:39 | Publié dans vayetsé | Laisser un commentaire
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La paracha de Vayétsé traite du départ de Yaacov de sa maison natale vers Harane, suite aux menaces de mort proférées à son égard par Essav . Et à nouveau autour d’un puit (la Torah étant toujours associée à l’eau qui nous est vitale) eu lieu la rencontre émouvante avec Rachel. On connaît la suite, où Lavan son oncle et futur beau père lui inversa Rachel par Léa en prétextant qu’on ne marie pas la seconde avant l’aînée, et de ce fait Yaacov épousa ses deux cousines pour ainsi donner naissance aux douze tribus d’Israël. Mais auparavant il y eut le fameux rêve ou notre patriarche vit une échelle d’où montaient et descendaient des anges et comprit qu’il se trouvait dans un lieu saint. C’est alors qu’il fit une prière en ces termes: “Si le Seigneur est avec moi, s’il me protège dans la voie où je marche, s’il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir; si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi et cette pierre que je viens d’ériger en monument deviendra la maison du Seigneur et tous les biens que tu m’accorderas, je veux t’en offrir la dîme.” (La Genèse 28, 20-22)
Deux questions viennent à l’esprit en lisant cette prière de Yaacov:
Premièrement le verset raconte que déjà pendant son rêve l’Éternel lui affirma être avec lui et le protéger lors de ce voyage alors d’où vient le besoin de demander à nouveau alors qu’il n’y a déjà plus aucun doute ?
De plus, quel intérêt à prier particulièrement pour du pain et des vêtements, en exprimant le désir particulier de bénéficier – exceptionnellement – du Hessed divin alors qu’on récite tous les jours dans le Birkat hamazone le verset « Tu ouvres la main et rassasies avec bienveillance tout être vivant» ? (Les Psaumes 145,16)
En fait, il faut revoir en profondeur la teneur de cette promesse divine dans le rêve de Yaacov. L’Éternel s’adressa en ces termes: « Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: “Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis.” » (La Genèse 28,13-15)
Ce qui apparaît clairement c’est l’absence de promesse quant à la nourriture et aux vêtements. Ce qui démontre que dans la prière de Yaacov en se levant de ce rêve n’est pas un besoin d’être assuré d’avoir bien compris. Il faut donc comprendre qu’il ne s’agit pas d’une prière pour la sécurité physique mais plutôt spirituelle. Notre ancêtre savait la mauvaise influence que tentera d’exercer son oncle idolâtre sur lui et sa famille et c’est pourquoi il avait besoin d’être également rassuré sur ce plan métaphysique car sinon la mission était perdue d’avance.
À ce moment Yaacov, le plus parfait des trois patriarches, ayant bénéficié des conseils et de la sagesse de son père Isaac et son grand-père Abraham, mais surtout âgé de 75 ans et donc construit sur tous les plans par sa propre recherche de la vérité, cet hommes demande s’il ne perdra pas son chemin auprès de Lavan. Et c’est pourquoi sa prière pour le pain et l’habit exprimait surtout l’angoisse d’être mis à l’épreuve de la pauvreté ou de la richesse, car le surplus de confort matériel abîme également une personne. Donc il fallait du pain mais seulement « pour manger » et des vêtements « pour se vêtir » mais rien de plus !!!!!!!!
« si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi» ce qui signifie que même si Hachem lui promettait dans ce rêve de le ramener en paix vers les terres familiales, il lui fallait être sûr que ça soit « la maison paternelle » avec la même intensité spirituelle, non pas seulement en paix physiquement !!!
Le message du célèbre commentateur ‘Kli Yakar’ est des plus limpide, à savoir que même si l’homme sur le point de subir un déracinement prierai plutôt pour la richesse et la Bera’ha dans l’abondance, pour ainsi survivre l’épreuve du périple, il est aussi important de prier pour trouver un équilibre sur le plan spirituel quelque soit la destination finale. Certaines personnes vont des fois au bout du monde pour leur survie matérielle et aujourd’hui c’est encore plus facile et abordable avec la révolution des transports, mais l’homme ne peut se dissocier des besoins spirituels qui font partie de lui. Malheureusement des gens fuient la France en prétextant l’antisémitisme mais oublient de regarder si lorsqu’ils arriveront en Israël, ils ne s’installeront pas loin des centres communautaires qu’ils avaient l’habitude de trouver près de chez eux. On pense que du fait d’être méritant rien qu’en foulant la terre d’Israël, le reste n’est déjà plus que secondaire. C’est faux car les forces d’opposition sont beaucoup plus évidentes en Israël tant il existe de définitions du judaïsme contemporain !!
C’est pourquoi les aspirations du Olé (l’immigrant) doivent être plus élevées sur le plan spirituel car ici le pain n’est que pour la survie ainsi que l’habit, l’économie reste inexplicable comme l’a déclaré à la Knesset Jacques Attali en 1976, la chemita (année de jachère) reste une source de bénédiction et n’a aucune explication rationnelle. Tout est fait pour nous interpeller sur les priorités à fixer dans notre vie pour réussir la conquête de la Terre Sainte.
Le message de nos ancêtre a toujours été durant tous leurs voyages racontés dans Béréchit, ce soucis de conserver l’identité de la famille juive qui naissait, et on retrouvera plus tard la déchirure lors de l’exil de Yossef en Égypte ce deuil de père ne sachant plus où son protégé trouverait la porte du spirituel loin de lui et lors des retrouvailles Yaacov de dire « Je puis mourir à présent, puisque j’ai vu ta face, puisque tu vis encore!» (La Genèse 46,30) car il avait senti que l’intégrité de son fils perdu était restée intacte malgré l’éloignement.
Puissions tous réussir à nous garder des influences négatives que le monde nos fait subir et ainsi, là où Hachem nous enverra, nous resterons Juifs dans le sens spirituel du terme !!!

Hayé Sarah – Le premier regard est déterminant

10 novembre 2009 à 16:07 | Publié dans Hayé Sarah | Laisser un commentaire
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La Paracha de cette semaine traite des événements survenus après la Akéda d’Isaac, ce sacrifice évité de justesse évoqué dans la paracha précédente, la mort de Sarah qui n’a pas supporté l’épreuve de la Akéda et surtout le premier chidou’h (rencontre organisée à deux êtres afin de les marier) évoqué dans la Torah, celui d’Isaac et Rivka.

Le verset nous raconte (La Genèse – Chapitre 24) la demande formelle d’Abraham à son serviteur dévoué Eliezer d’aller rejoindre les membres de la famille de son maître à Aram Naharïm et chercher une fille pour Isaac car les filles de Canaan, où Abraham s’est installé, n’étaient pas vertueuses. La prière du serviteur étant exhaussée, le voici en présence de Rivka qui lui offre à boire ainsi qu’à ses chameaux au bord du ruisseau. Ce dernier impressionné par tant d’attention et de pudeur l’invite à l’amener chez ses parents qui acceptent tout de suite de la lui confier pour la présenter à Isaac.

Mais voilà que sur le chemin du retour Rivka aperçoit un homme en train de prier alors que le soleil se couchait sans savoir encore que ce dernier était sa destinée. Le Midrache raconte que le choc visuel la fit tomber du chameau et lorsque Eliezer lui annonça qu’elle venait de tomber sur l’homme de sa vie elle prit son châle et se recouvrit.

Si Hachem a rédigé la Torah de cette manière en abondant de détails sur cette rencontre c’est qu’il nous incombe de comprendre cet événement qui détermina la base du relationnel entre ce couple exceptionnel.

Si on le compare aux autres de la famille comme Abraham et Sarah, Yaacov et Ra’hel, on s’aperçoit que les autres étaient beaucoup plus directes dans leur dialogues. En effet, lorsque Sarah s’aperçut que Yichmaël était d’une mauvaise fréquentation pour Isaac elle ordonna à son époux de le renvoyer ainsi que sa mère Hagar. Le ton était donné et l’Eternel rassura Abraham en lui disant que sa femme avait vu juste. (La Genèse – Chapitre 21)

De même lorsque Ra’hel désespera du fait de sa stérilité, elle supplia Yaacov de lui donner des enfants et lui reprocha de ne pas prier comme son père l’avait fait pour Rivka. (La Genèse – Chapitre 30)

Alors que si on suit les versets des parachiyot suivantes on remarque que Rivka a toujours agi de manière discrète et n’a jamais reproché à son époux l’échec dans l’éducation de Essav, si bien que lorsqu’il fut question des béra’hot avant le décès de Isaac, elle arrangea tout de manière à ce que son fils préféré Yaacov les reçut à la place de son frère ainé sans que son mari s’aperçoive du stratagème.(La Genèse – Chapitre 27)

Le Netsiv de Volozine nous enseigne que la raison de tout ça remonte à l’origine de cette rencontre lorsqu’elle a vu cet homme prier et le considéra comme un ange. En se mariant avec lui elle resta sur cette forte impression et ne put jamais l’affronter directement tant elle l’admira et le vénérait. Mais Hachem avait prévu tout ceci, car grâce à ce trait de caractère qui ne la quitta jamais elle ne put éviter la déchirure entre ses deux fils et la rage d’Essav qui jura de tuer son frère après la mort d’Isaac.

Essav est le père de la civilisation grecque qu’on retrouve aujourd’hui dans l’Occident. Cet antisémitisme qui se répercute de générations en générations puise sa source en cette déchirure des deux héritiers d’Isaac provoquée, inconsciemment certes, par Rivka n’osant pas affronter son mari pour lui dire que Yaacov méritait plus ses bénédictions qu’Essav l’aîné.

On voit comment D.ieu planifie l’histoire du monde et les conséquences sur l’humanité qu’on explique à l’origine par les patriarches et leurs épouses, acteurs principaux de l’avenir du monde par leurs actes et leurs traits de caractères, permettant de fixer la donne de l’humanité jusqu’à la fin des temps.

Noa’h – Un homme ou un Tsaddik ?

21 octobre 2009 à 09:38 | Publié dans noa'h | Laisser un commentaire
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 ”Voici les générations de Noa’h. Noa’h fut un homme vertueux, il était intègre dans ses générations. Noa’h marchait avec Dieu. Noa’h enfanta trois fils : Chem, ‘Ham et Yèfeth”. (6, 9-10)
Le mot èlé (« voici »), explique Rav Yonathan Eybeschuetz, indique une exclusion et est destiné ici à marquer une différence entre Noa’h et Avraham : Ceux que « voici » – Chem, ‘Ham et Yèfeth – sont descendus de Noa’h, et pas d’autres.
En revanche, s’agissant d’Abraham et de Sarah, la Tora parle des « âmes qu’ils avaient faites à ‘Haran » (12, 5), désignant ainsi les multitudes de gens dont la vie avait été changée à leur contact. Ils ont exercé une influence dynamique sur leurs contemporains, les invitant chez eux et leur montrant, par leur bonté et leur force de conviction, le non-sens que constitue l’idolâtrie. Contrairement à Avraham et à Sara, Noa’h n’était pas un activiste qui allait vers ses contemporains pour les rapprocher de Hachem. Les seuls gens qu’il a « faits » ont été ses trois fils. Il a néanmoins été considéré comme un homme vertueux, parce qu’il « marchait avec Dieu ».
Noa’h fut un homme vertueux, il était intègre dans ses générations. Noa’h marchait avec Dieu. (6, 9)

Que signifie le mot « homme » ? N’aurait-il pas suffi de dire simplement que Noa’h était « vertueux et intègre dans ses générations » ?
Ce terme, explique Rav Moché Feinstein, souligne que Noa’h était un homme, pas un enfant – et donc un être mature et stable. Pour être vertueux, il faut d’abord être un homme. Il faut être intelligent et clairvoyant, posséder du bon sens et un jugement droit. Autrement, la vertu sera instable. Un insensé peut facilement se laisser détourner, et il serait inapproprié de le tenir pour un individu vertueux.
Ibn Ezra émet la même remarque à propos de la réaction de Moché quand Yitro lui a conseillé de se faire assister par des « hommes craignant Dieu » (Chemoth 8, 21). Il chercha aussitôt des « hommes sages » (Devarim 1, 13), les seuls à craindre véritablement Hachem.
Rav Israël Salanter avait l’habitude de dire que la première mitswa de la Torah est de ne pas être un imbécile…

Rav Yaaqov Neumann suggère une approche complètement différente.Le roi David écrit : « Ne me rejette pas au moment de ma vieillesse ! » (Psaumes 71, 9). Pourquoi souligne-t-il la nécessité d’une assistance divine pendant la vieillesse ? N’en a-t-on pas besoin aussi dans sa jeunesse ?
Rav Yits’haq Blaser répond dans Kokhevei Or à l’aide d’une parabole : Deux jeunes gens de dix-huit ans avaient été convoqués pour le service militaire. Le jour prévu pour leur incorporation, aucun d’eux ne se présenta. On lança contre eux des ordres d’arrestation, mais les appelés réussirent à se soustraire aux recherches.
Une année s’écoula, puis une deuxième. Las de cette existence de fugitif, un des garçons se présenta à la caserne. Bien entendu, le commandant se mit en colère contre lui. Mais comme le jeune homme s’était soumis volontairement et était venu pour exécuter ses obligations, bien que tardivement, il déchira l’ordre d’arrestation et permit à l’intéressé de rejoindre son unité comme l’aurait fait toute autre recrue.
Quant à l’autre appelé, il resta hors d’atteinte pendant des décennies. Finalement, alors qu’il était devenu vieux, il décida de suivre l’exemple de son camarade qui s’était soumis bien des années plus tôt. Un beau jour, il entra dans la caserne et se présenta devant le commandant, lequel le fit aussitôt arrêter.
« Mais pourquoi m’arrêtez-vous ? protesta-t-il. Vous n’avez pourtant pas fait incarcérer mon camarade, qui s’est également laissé incorporer après ses années d’insoumission !
– Quel âge avez-vous ? demanda le commandant.
– Soixante et un ans.
– Comment pouvez-vous vous comparer à votre camarade ? observa l’officier. Il s’est présenté alors qu’il n’avait que vingt ans. Comme ses années les plus productives étaient encore devant lui, nous avons pu nous montrer compréhensifs. Mais les vôtres sont maintenant derrière vous. Quelle valeur revêt pour nous votre enrôlement ? Pourquoi devrions-nous vous témoigner de l’indulgence ? »
Il en va de même, conclut Rav Blaser, pour celui qui se repent. Le roi David écrit (Psaumes 112, 1) : « Heureux l’homme qui craint Hachem. » Le Talmud (Avoda zara 19a) applique ce verset à celui qui, étant encore un « homme », craint Dieu. Quand une personne pèche et se repent étant encore jeune et vigoureuse, son retour vers Hachem a une grande valeur, et Il la traite avec clémence. Mais si elle attend jusqu’à la vieillesse, alors que son sang a cessé de bouillonner et que ses instincts et ses impulsions se sont affaiblis, quelle valeur peut avoir un tel repentir ? Où était-elle quand elle était plus jeune ? Telle est la supplication du roi David : Il implore Hachem d’avoir pitié et d’accepter le repentir, même si on ne le met en pratique que dans sa vieillesse. « Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse », bien que j’eusse dû me repentir depuis déjà longtemps !
Rav Neumann applique cette pensée à Noa’h. La Torah complimente celui-ci pour avoir été vertueux et intègre étant encore un « homme ». Il n’a pas attendu d’être devenu vieux pour se mettre en quête de la vertu.
Noa’h fut un homme vertueux, il était intègre dans ses générations. (6, 9)

Le Talmud (Meguila 13b) rapporte que Ra’hel a demandé à Yaaqov : « Comment un homme aussi intègre que toi a-t-il pu se permettre de berner Lavan ? » Yaaqov répondit qu’il est permis de duper une personne perfide, comme il est écrit (II Samuel 22, 27) : « Sois sincère avec les cœurs purs, mais trompeur avec les perfides ! »
D’où la question : Puisque Noa’h a vécu dans une société entièrement corrompue et malhonnête, pourquoi n’a-t-il pas estimé nécessaire de faire fi de tous scrupules envers ses contemporains ? Pourquoi n’a-t-il pas « trompé les perfides » ?
Le ‘Hatham Sofèr cite une lettre du Rambam dans laquelle celui-ci permet à une personne vertueuse de berner son prochain uniquement si elle le rencontre inopinément, mais pas de manière habituelle. On ne doit jamais se laisser accoutumer à la tromperie ; celle-ci risquerait de devenir un trait naturel, ce qui serait destructeur.Voilà pourquoi Noa’h s’est comporté si scrupuleusement. Autrement, puisque tous ses contemporains étaient des voleurs et des menteurs, il se serait tellement habitué à la duperie qu’il aurait pu finir par devenir malhonnête lui-même.

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