Tazria – le lien entre la circoncision et la pureté
14 avril 2010 à 16:41 | Publié dans Tazria | Laisser un commentaireTags : accouchement, circoncision, david, hachem, impureté, Machia’h, Midrache Tan’houma, Mila, mitzva, paracha, Psaumes, pureté, pureté familiale, rabbi akiva, Tazria, Temple de Jérusalem, Tournousroupous
La paracha de Tazria traite des différentes notions relatives à la pureté et l’impureté. Les premiers versets évoquent la naissance d’un enfant ; mâle ou femelle et des incidences sur la mère au niveau de la pureté. Depuis la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 68 de l’ère moderne, ces notions ont diminué en nombre mais depuis toujours le peuple Juif se caractérise notamment par le respect de ce qu’on appelle la pureté familiale, autrement dit les lois de séparation du couple pendant la période des règles et suivant un accouchement.
Mais ce qui est surprenant c’est l’association dans le texte de la mitzva de Mila à celle des lois de pureté, car le verset indique que la mère devient impure durant les sept jours suivant la naissance du garçon et que le 8eme jour sera celui de la circoncision. Notons dans le verset la liaison des deux thèmes par « et le 8e jour ». Quelle relation peut on établir entre deux sujets, la circoncision et la pureté de la femme juive ?
Le Midrache Tan’houma nous rapporte à ce sujet un dialogue ; « Tournousroupous le mécréant demanda un jour a Rabbi Akiva,
- Quelles sont les plus belles réalisations ? celles d’Hachem ou celles de l’homme ?
- celles de l’homme répondit Rabbi Akiva…
- alors pourquoi faites-vous la circoncision ?
Rabbi Akiva lui apporta un épi de blé ainsi qu’un morceau de pain et s’écria ; voici la réalisation d’Hachem et voici celle de l’homme (montrant le pain plus beau que le blé), n’est elle pas plus belle ?
- Si Hachem veut que ses enfants soient circoncis, pourquoi ne naissent-ils pas déjà circoncis ?
- Car l’Eternel bénit soit-Il n’a donné les mitzvot à son peuple que pour l’associer à sa création. Ainsi le roi David le dit dans les Psaumes ; « les paroles de D.ieu associent, et Il protège tous ceux qui Le craignent. »
Nous n’avons aucune idée de la profondeur et de la portée de ce dialogue entre l’impie et le sage de la génération !!!!
Est-ce que l’intention du voyou était de demander pourquoi Hachem n’a pas créé le monde sans que l’homme n’ait à intervenir, ou bien il réside une interrogation profonde derrière cela ? De toute façon il nous faut tirer la leçon derrière la réponse de Rabbi Akiva.
Tournousroupous le mécréant n’a pas vu dans l’acte de circoncision quelque chose d’autre qu’un simple geste chirurgical, l’extraction d’un morceau de chaire superflu, c’est donc la raison de sa question à savoir que si Hachem l’avait voulu, il aurait fait naître les garçons déjà circoncis ? A nous de comprendre maintenant l’allusion du pain dans la réponse du sage.
Le processus de fabrication du pain est très long. Il commence par la semence des grains de blé, le travail sur-le-champ, la moisson et la moulure du blé pour terminer par la fermentation de la pâte, et la cuisson enfin dans le four. C’est la main indispensable de l’homme qui permet à priori la réalisation de ce pain. Mais en fait il faut savoir que lors de la création du monde le pain poussait directement prêt à la consommation, Adam n’avait qu’à consommer sans efforts et le monde était parfait tel quel sans intervention de l’homme. C’est après la faute d’Adam que l’homme fut maudit: “Parce que tu as cédé à la voix de ton épouse, et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais enjoint de ne pas manger, maudite est la terre à cause de toi: c’est avec effort que tu en tireras ta nourriture, tant que tu vivras.”(Béréchit 3;17) De ce fait la terre fut modifiée dans son programme et ne fit pousser que des matières premières !!!
Ceci nous paraît invraisemblable et pourtant nos sages témoignent qu’à la fin des temps, lors de la venue du Machia’h, Hachem fera souffler un vent purificateur sur terre et pousseront des pains et ustensiles pour la Mila !!!
C’est la raison pour laquelle Rabbi Akiva a voulu nous enseigner le message profond derrière l’ordre divin de la circoncision des males. Telle la malédiction envoyée sur Terre que nous avons évoqué, la Orla (ce morceau de chaire que nous enlevons) n’est pas un organe naturel chez l’homme mais seulement l’expression de cet environnement chargé d’impureté qui entoure l’homme depuis le péché originel. C’est ainsi que nous pratiquons l’ablation de ce petit bout de chaire pour permettre au nourrisson de se développer sur le plan spirituel et vivre dans la sainteté. C’est la raison pour laquelle cet acte doit être réalise par l’homme car Hachem veut « associer » l’homme dans son projet, en lui permettant de se purifier de ses impuretés, voilà le rôle de la Mila.
Par cela nous comprenons la loi stipulant que celui qui fait le vœu de ne pas profiter des objets appartenant à un non circoncis, s’interdit automatiquement le profit des biens d’un non juif circoncis. La raison est que la circoncision ne peut enlever l’impureté au non juif car il n’est pas ordonné par les mitzvot. On comprend de cela qu’il ne s’agit pas d’un geste simple mais un moyen d’ouvrir son être vers les chemins de la vie dans la pureté. Seul le Juif a ce devoir !!!
Ici se trame le lien entre le début de la paracha qui traite de la période d’impureté suite à l’accouchement, et celui de la circoncision qui suit. Eve a été punie par : “J’aggraverai tes labeurs et ta grossesse; tu enfanteras avec douleur; la passion t’attirera, vers ton époux, et lui te dominera.”.”(Béréchit 3;16) C’est pourquoi l’accouchement de l’enfant se fait dans le sang et la douleur. C’est ce qui oblige la mère à se purifier pendant sept jours afin de permettre à l’enfant de continuer ce chemin de purification en réalisant la circoncision le 8eme jour.
On peut terminer en disant que cette paracha traite finalement d’un cheminement purificateur, incluant les deux sexes de la création. Ce qui signifie qu’il touche l’ensemble du peuple juif à savoir que le rapprochement de l’homme vers l’Eternel passe obligatoirement par le respect des lois de pureté, qui lui permettent d’accomplir les mitzvot et devenir un fil conducteur, acteur dans la création du monde !!!
Parachat Vayéchev – Yossef vendu par ses frères
7 décembre 2009 à 11:15 | Publié dans Vayechev | Laisser un commentaireTags : avot, benjamin, binyamine, chimon, daat torah, dracha, Egypte, freres, hachem, jacob, levi, machia'h, paracha, parasha, rabbanim, rabbi akiva, reouven, sfourno, shevatim, shimon, simon, tunique, Vayechev, vendu, vente de Yossef, yaacov, yehouda, Yossef
La parachat Vayéchev commence par un événement dramatique, qui jusqu’à la fin des temps bousculera notre esprit, à savoir la vente de Yossef par ses frères. C’est incontestablement l’une des histoires les plus troublantes de la Torah. Le degré d’élévation spirituel des fils de Yaacov dépasse l’entendement de chacun de nous, si bien qu’il nous est presque impossible de tenter une quelconque explication de ce qui a pu être leur motivation à se séparer de leur frère en l’envoyant en exil, loin de son père, vendu en esclave. La gravité de cette faute fera que des siècles plus tard, Rabbi Akiva et 9 autres tsadikim furent exécutés dans une barbarie extrême afin d’expier la faute des 10 frères de Yossef (Binyamine n’ayant pas participé à cet épisode).
Le fait que la décision de vendre Yossef fut à l’unanimité, nous indique que les frères étaient tous convaincus d’agir selon de règles de justice des plus claires. Le verset indique “En effet, lorsque Joseph fut arrivé près de ses frères ils le dépouillèrent de sa robe, de la tunique à rayures dont il était vêtu; et ils le saisirent et ils le jetèrent dans la citerne. Cette citerne était vide et sans eau. Comme ils étaient assis pour prendre leur repas, ils levèrent les yeux et virent une caravane d’Ismaélites, laquelle venait de Galaad; leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de lotus qu’ils allaient transporter en Égypte.”(La Genèse 37,23-25), ce qui signifie sans ambiguïté que leur décision était prise en toute conscience et après avoir jeté Yossef dans un trou, ils déjeunèrent tranquillement en attendant qu’une caravane de commerçants nomades vienne à leur rencontre et acheter Yossef pour esclave.
D’un autre coté des années plus tard, lorsque Yossef, devenu vice roi en Egypte reconnut ses frères venus lui acheter du blé et ainsi survivre à la famine, retenu Shimon comme otage en attendant de voir Binyamine, ces derniers se lamentèrent en faisant un rapprochement de leur situation avec celle de Yossef au moment de la vente; “Et ils se dirent l’un à l’autre: “En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds. Voilà pourquoi ce malheur nous est arrivé. Ruben leur répondit en ces termes: “Est ce que je ne vous disais pas alors: Ne vous rendez point coupables envers cet enfant! Et vous ne m’écoutâtes point. Eh bien! Voilà que son sang nous est redemandé.” (La Genèse 42,21-22)
Nous observons que les frères ont compris 14 ans plus tard que leur erreur était d’avoir agi envers Yossef de manière pragmatique voire froide alors qu’ils auraient du faire preuve de jugement plus humain. Mais il ne s’agit en aucun cas de regretter de quelque manière que se soit d’avoir jugé leur frère, néanmoins c’est surtout de l’avoir fait avec des préjugés qui les firent douter de leur clairvoyance.
Quel était donc le motif pour lequel ils sont arrivés a agir de telle sorte; et quelle est la raison pour laquelle ils n’ont pas jugé bon de demander à Yaacov leur père de trouver lui-même la réponse adaptée face au problème existentiel que leur posait Yossef ?
La réponse que nous propose le Sfourno est des plus subtiles ; les frères de Yossef savaient parfaitement que chacun d’entre eux avait une mission spécifique dans le projet spirituel du peuple Juif et c’est la raison pour laquelle ils ne comprenaient ni pourquoi Yossef se permettait d’ambitionner à devenir le premier de la lignée des rois d’Israël, ni pourquoi leur père avait sciemment approuver les intentions de son fils en lui offrant une tunique à rayures, symbole du roi vêtu d’habits de grande valeur.
De plus, comme nous l’explique le Maguid de Doubno, les frères savaient que l’un d’entre eux allait donner naissance à la lignée des rois d’Israël, mais en même temps ils n’imaginaient pas que Yossef pouvait être l’élu du fait de son comportement hautain envers eux et la facilité avec laquelle il se permettait de raconter à Yaacov tous leurs méfaits, lorsqu’on sait que la mission première du roi est d’être le représentant d’Hachem, avec toute l’humilité que ça nécessite !!!
Enfin, du fait que Yaacov avait pris parti pour Yossef en lui offrant cette fameuse tunique, ses autres fils n’ont à aucun moment jugé utile d’en parler à leur père, le considérant parti prenante donc dans l’impossibilité totale d’apporter une solution partiale et juste à ce problème. Là, résidait leur erreur et cet exemple nous aidera à saisir encore plus fort le message qui est transmis ici à chacun d’entre nous:
Un groupe de personnes sur un bateau guette à l’horizon la terre ferme quand soudain le capitaine muni de ses jumelles s’écrie ‘terre a bâbord’! Les gens suivent son regard mais ne voient rien à vu d’oeil, alors ils le traitent de menteur. Mais l’un d’entre eux les fait taire en leur disant ‘comment pouvez-vous douter du capitaine alors qu’il est le seul a disposer de jumelles pour voir au loin?’
Comment les fils de Yaacov pouvaient penser que leur père voyait les choses du même objectif qu’eux? Yaacov, le plus parfait des Avot, son visage gravé sur l’un des pieds du trône céleste, jugerait les situations de manière subjective? Est-ce qu’on pouvait parler de décision à la majorité quand Yaacov disposait d’un champ de vision mille fois plus grand que ses propres enfants?
Voila comment l’homme peut passer complètement à côté de sa vie et des bonnes décisions quand il ne prend pas la peine de demander conseils aux grands de la génération, aux rabbanim qui voient par discernement alors que lui est dans le flou !!!
Si jamais nous pouvions à notre niveau transposer l’histoire de la vente de Yossef par ses frères dans notre vie quotidienne, nous verrions facilement combien de fois nous avons pensé être les seuls à pouvoir décider de ce qui est bon pour nous et réaliser, parfois des dizaines d’années plus tard, à quel point nous avions tout faux. Par extension nous pouvons ajouter que l’autre enseignement de ce tragique épisode de la Torah est qu’il est évident qu’on ne peut vivre son judaïsme de manière personnelle sans tenir compte des mauvaises influences de notre entourage et qu’il est essentiel voire vital de vivre près de nos maîtres qui pourront mieux nous connaître et ainsi nous conseiller d’après le Daat Torah, ce discernement que seule la Torah peut nous garantir qu’il est des plus objectifs possible à l’échelle humaine !
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