Tsav et Chabbat HaGadol – réflexions sur la particularité de ce grand Chabbat

22 mars 2010 à 19:16 | Publié dans Tsav et Chabbat Hagadol | Laisser un commentaire
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 On appelle le Chabbat qui précède Pessah, Chabbat HaGadol. L’origine de cette appellation n’est pas claire car, bien qu’au Moyen Age, de nombreuses autorités aient cherché à en expliquer la provenance, elle ne se trouve ni dans la Torah, ni dans le Talmud.
Une des approches consiste à lier le Chabbat HaGadol à un verset particulier de la Haftara qui parle d’un jour dans le futur qui sera gadol, ce qui signifie « grand » :
« Or, Je vous enverrai Elie le prophète, avant qu’arrive le jour grand et redoutable de l’Eternel ». (Malachie 3:23)
Le prophète parle du jour de délivrance qui surviendra dans le futur. Pessah, qui, de tout temps, a représenté le jour de la délivrance, est, en fait, l’archétype de cette future rédemption. Le Talmud nous enseigne donc : Rabbi Yehochoua dit : « C’est en Nissan que le monde fut créé … l’esclavage de nos ancêtres en Egypte cessa et c’est en Nissan qu’ils seront délivrés. » (Talmud Roch HaChana 11a). La tradition, qui confère à Elie un rôle primordial dans les temps messianiques, nous incite à lire la section relative à l’allusion que fait le prophète sur ce « grand » jour. D’autres commentateurs puisent dans le passé pour trouver une explication à cette dénomination. Le Talmud nous enseigne que les Juifs ont quitté l’Egypte un jeudi – le 15 du mois de Nissan -et que le 10 était donc le Chabbat qui le précédait. « Quant au mois de Nissan de la Sortie d’Egypte, le 14, ils firent le sacrifice pascal, le 15, ils partirent et le soir [de ce même jour] les premiers-nés furent châtiés… et ce jour-là était un jeudi ». (Chabbat 87b)
L’importance du 10 Nissan est mentionnée dans la Torah : « Parlez à toute la communauté d’Israël en ces termes : « Au dixième jour de ce mois, que chaque homme se procure un agneau, pour la maison de son père, un agneau par maison. » (Exode 12 :3) Tossfot (Chabbat 87b) fait remarquer qu’en prenant un agneau, les Juifs excitèrent l’intérêt et le courroux des premiers-nés d’Egypte qui implorèrent Pharaon de laisser partir les Juifs. Devant le refus du monarque, ils se rebellèrent et s’en prirent à leurs propres parents. Ce jour est donc considéré comme grand, en raison du miracle manifeste que D.ieu accomplit et qui provoqua par la suite le déclin de la société Egyptienne. De plus, en abattant l’objet même de l’adoration des Egyptiens, les Juifs se libérèrent eux-mêmes des chaînes de l’esclavage spirituel. Lorsque Hachem dit à Moïse de tuer le Korban Pessa’h, il Lui répondit : « Maître de l’Univers! Comment puis-je accomplir une telle chose ? Tu sais bien que l’agneau est un dieu égyptien. Comme il est dit : Si nous sacrifions l’abomination des Egyptiens sous leurs yeux, ne vont-ils pas nous lapider ? » (Exode 8:22) D-ieu répliqua : « Aussi longtemps que tu vivras, Israël ne partira pas d’ici avant d’avoir tué les dieux égyptiens précisément sous leurs yeux, afin de leur montrer que leurs dieux ne sont vraiment rien. » C’est effectivement ce qu’Il fit, car cette nuit-là, Il tua les premiers-nés égyptiens et cette même nuit, les Juifs abattirent leurs agneaux et les mangèrent. Lorsque les Egyptiens virent leurs premiers-nés tués et leurs dieux abattus, ils ne purent rien faire, ainsi qu’il est dit : Tandis que les Egyptiens enterraient ceux que l’Eternel avait châtiés parmi eux, même tous leurs premiers-nés ; parmi leurs dieux, l’Eternel exécuta aussi Son décret. (Midrach Rabbah – Exode 16:3)
L’Eternel dit ensuite à Moché : « Aussi longtemps qu’Israël adorera les dieux égyptiens, Il ne sera pas délivré ; va leur dire de renoncer à leur mauvaise conduite et de rejeter l’idolâtrie. » C’est de cela qu’il s’agit dans le verset : « Retirez et prenez-vous des agneaux ». Ce qui signifie : Retirez vos mains de l’idolâtrie et prenez pour vous des agneaux, de cette manière, tuez les dieux d’Egypte et préparez la Pâque ; ce n’est qu’en accomplissant cela que l’Eternel passera au-dessus de vous. Tel est le sens de En restant assis immobiles, vous serez sauvés. (Midrach Rabbah – Exode 16 :2)
Le choix de l’agneau était également significatif à un autre niveau. Les Juifs étaient dès lors occupés à accomplir une prescription Divine ; en plus du rejet des dieux égyptiens, ils s’employaient activement à exécuter l’ordre de D-ieu.
Toutes ces explications, toutefois, semblent ne concerner que l’importance du 10 Nissan, plutôt que le Chabbat précédant Pessa’h. Le 10 Nissan en Egypte s’est trouvé être un Chabbat tout comme cette année 5769, pourtant, sa signification ne semble pas être liée avec ce jour sacré. Ce Chabbat en Egypte fut différent, en fait,  de tous les autres Chabbat précédents car, pour la première fois, l’homme s’était joint à D-ieu pour observer Son jour sacré. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le mode d’observance ne fut pas le repos dans son sens habituel. En effet, l’homme avait reçu l’ordre de se munir d’un agneau, un acte qui, comme nous l’avons déjà noté, était une déclaration ferme affichant une intention clairement polémique lancée au visage des Egyptiens polythéistes et adorateurs de l’agneau.
Le Sfat Emet affirme qu’en prenant un agneau, les Juifs observèrent Chabbat en Egypte. Ce fut leur premier Chabbat en tant que peuple, un moment de transition pour devenir une nation : ils avaient atteint l’âge de la majorité, étaient devenus des adultes (« guedolim ») qui avaient des responsabilités. Ce fut donc un Chabbat « HaGadol ». L’enseignement le plus basique en ce qui concerne le Chabbat est la reconnaissance que D-ieu a créé le monde en six jours. En prenant un agneau, les Juifs rejetèrent l’idolâtrie et acceptèrent D-ieu. Ce ne fut pas simplement un acte qui eut lieu le 10 Nissan, mais un tournant décisif dans l’histoire juive : désormais les Juifs se joignaient à D-ieu pour observer le Chabbat.

Le Rav Lau, ancien Grand Rabbin d’Israël, nous explique que c’est surtout pour rendre hommage aux Bnei Israël qui ont honoré Hachem en prenant le risque d’éveiller la rage des Egyptiens en sacrifiant leur dieu, que ce Chabbat Hagadol a été nommé par rapport au miracle vécu. Car ici, contrairement aux autres miracles survenus lors de la sortie d’Egypte, celui-ci avait la particularité d’associer le courage du peuple Juif.

La Guemara nous enseigne que celui qui profane le Chabbat se rend coupable d’idolâtrie, car il a rejeté l’œuvre de D-ieu. Il est donc clair que ceux qui rejettent l’idolâtrie sont considérés comme « observant le Chabbat ». De plus, en se procurant un agneau, ils observèrent l’unique commandement du Chabbat qui leur fut donné et cet « accomplissement parfait » fit de ce jour un Chabbat réellement grand. Nos sages nous enseignent que si tout le peuple d’Israël observe complètement deux Chabbatot seulement, il méritera la venue du Messie : Rabbi Yo’hanan dit au nom de Rabbi Chimon bar Yo’haï : « Si Israël observait deux Chabbat selon les lois qui s’y rapportent, il serait immédiatement délivré. » (Chabbat 118b) Il est intéressant de noter que, selon le courant de pensée juive dominant, le monde a été créé en Nissan, ce qui signifie que le Chabbat qui eut lieu le 10 du mois constitua le second Chabbat dans l’histoire du monde. Si ces deux Chabbat avaient été observés correctement, le monde aurait été délivré. Dans les Sifré Hapardes, Rav Yechiel Epstein explique que les deux Chabbat devant être observés sont Chabbat Hagadol et Chabbat Chouva. Chacun de ces deux Chabbat possède un pouvoir spécifique qui lui est propre : L’un de ces Chabbat tombe entre Roch Hachana et Yom Kippour et enseigne à l’homme la manière de retourner vers Hachem; l’autre fut le premier Chabbat observé en Egypte et contient en lui les germes de la délivrance. Que l’homme parvienne à maîtriser ces deux Chabbat et le Messie arrivera promptement.

Il nous reste plus qu’à expliquer le fait que le plus souvent Chabbat Hagadol tombe la parachat Tsav. En effet, le verset qui relie la Sidra à la notion de miracle est le suivant: “Un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre.” (Vayikra 6,6) Hachem nous ordonne d’entretenir ce feu continuellement afin de cacher le fait que ce dernier descendait du ciel par miracle. On retrouve ce même effet aténuateur lorsque Hachem fit souffler un vent violent sur la Mer Rouge la nuit précédant son ouverture, ceci afin de récompenser les croyants et de punir les impies qui relieraiant l’ouverture de la mer au vent qui la précéda. Le Sefer Ha’hinou’h nous indique ici l’approche que nous devons avoir face aux miracles de la sortie d’Egypte et ceux de la vie en générale. Hachem a fait en sorte que le monde réponde aux lois de la nature, mais pour les Bnei Israël chaque instant de la vie est un miracle d’Hachem et expliquer scientifiquement les phénomènes de la nature ne contredit en rien la foi immuable que l’Eternel tire les ficelles de ce monde et que nous en sommes reconnaissant tout au long de la vie!

 

Parachat Vaye’hi – Yaacov quitte ce monde en Egypte

29 décembre 2009 à 12:17 | Publié dans Vaye'hi | 1 Commentaire
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La Paracha de Vaye’hi est celle qui clot le premier tome de la Torah, l’histoire des patriarches qui s’achève par les bénédictions de Yaacov à ses enfants et les recommendations qu’il leur adresse, chacun selon ses traits de caractère. “Tous ceux-là sont les douze tribus d’Israël; et c’est ainsi que leur père leur parla et les bénit, dispensant à chacun sa bénédiction propre.” (La Genèse 49,28) Yossef  jure à son père d’acheminer sa dépouille en Israel, dans la grotte familiale à Hebron où reposent déjà Adam et Hava, Avraham et Sarah, Its’hak et Rivka, ainsi que Léa.

 Le Talmud dans le traité de Sota (13a) raconte les détails de cet enterrement unique dans l’Histoire car en effet, tous les sages, penseurs et grandes personalités d’Egypte, ainsi que les serviteurs de la cour se sont déplacés tant ils vénéraient Yaacov et admiraient Yossef. Mais c’est lorsque le cortège arriva à Méarat Hama’hpéla que Essav apparut et empêcha Yaacov de rejoindre ses pères en Terre Sainte. Il s’adressa aux enfants de Yaacov en disant: ’cet endroit est appellé Kiryat Arba faisant référence aux 4 couples reposant en ces lieux, si Yaacov a déjà enterré Léa, il ne reste donc plus qu’une seule place et elle me revient du fait que Léa occupe l’emplacement réservé pour Yaacov’. Les Chévatim lui répondirent alors: ‘Yaacov te l’a acheté  il y a longtemps.’ Essav leur demanda aussitôt le contrat de cette vente et Naftali qui pouvait courir aussi vite qu’une gazelle fut dépeché par ses frères afin de récupérer le contrat laissé en Egypte.

Pendant que tout le monde attendait le retour de Naftali, le fils de Dan qui était sourd demanda la raison pour laquelle Yaacov devait subir cette humiliation d’attendre des heures avant d’être enterré et la famille lui expliqua la situation. ‘Houchim prit aussitôt son épée et trancha la tête d’Essav qui roula jusque dans la grotte et l’enterrement continua, répondant ainsi à la prophétie de Rivka qui avait prédit que ses jumaux allaient mourir le même jour.

 En lisant ce passage de la Guemara on est en droit de se demander pourquoi les fils de Yaacov n’ont pas réagi aussi vite que ‘Houchim et n’ont pas défendu l’honneur de leur père ?

De cette histoire nous pouvons apprendre une règle de base dans la nature de l’homme. Il se peut que ce dernier connaisse la vérité absolue de la manière la plus claire, et pourtant, si jamais une personne venait à remettre en question cette vérité, en contredisant la réalité, en imposant le débat, elle ferait en sorte qu’il ne verrait plus cette vérité aussi limpide.

La vérité existerait encore mais plus aussi tranchante qu’auparavant!

Prenons l’exemple du cambrioleur qui est considéré aux yeux de tous comme un voleur. Si ce dernier, face au propriétaire se met à revendiquer la propriété du lieu, ou que pour une raison ou une autre cet argent lui est dû, on ne s’imagine pas un seul instant que le maître de maison entre en discussion avec lui mais plutôt qu’il alertera la police au plus vite. Mais si jamais le débat a lieu et que le propriétaire se met à chercher le titre de propriété , le voleur a d’ores et déjà obtenu le statut d’homme honorable…

C’est ce qui est arrivé aux enfants de Yaacov, s’ils avaient dès le début repoussé Essav en refusant de discuter, ce dernier n’aurait jamais réussi à s’interposer dans le déroulement de l’enterrement. Mais l’erreur a donc été d’accepter le dialogue, qu’Essav ait un droit de parole, de ce fait il n’était plus question de le repousser par la force mais seulement en gagnant le procès. En revanche, ‘Houchim qui était sourd, par la force des choses n’est donc pas entré en discussion avec son oncle, il était alors encore capable de désigner Essav tel qu’il était véritablement, un voleur qui s’approprie le bien des autres, et c’est la raison pour laquelle il prit les choses en mains et exécuta Essav de manière expéditive.

 Cette leçon de Rav Haim Shmoulevits, auteur du Si’hot Moussar, est tellement d’actualité alors qu’Israël lutte sans relache contre le terrorisme islamiste et ce qui représente, les descendants de ceux qui se sont toujours opposés au peuple de Yaacov. L’erreur de l’Occident, représentant les descendants de Essav, est de légitimer ces ‘forces de résistance’ et d’obliger Israël à accepter de débattre sur son statut final avec les rois du vol , par le biais de l’ONU où tout doit se discuter(Ichmaël associé au vol depuis toujours ainsi que le verset l’indique: L’envoyé du Seigneur lui dit encore: “Te voici enceinte, et près d’enfanter un fils; tu énonceras son nom Ismaël, parce que Dieu a entendu ton affliction. Celui-ci sera un onagre parmi les hommes: sa main sera contre tous, et la main de tous contre lui; mais il se maintiendra à la face de tous ses frères.” La Genèse 16,11-12). A nous de lire les messages qui nous sont directement adressés dans la Torah et les mettre en application afin de sortir vainqueur contre tous nos détracteurs et rapprocher ainsi la venue du Machia’h, seul habilité à nous délivrer completement de nos ennemis !

Vayigache – L’ultime jugement

22 décembre 2009 à 12:04 | Publié dans Vayigache | 2 Commentaires
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La révélation de Yossef à ses frères est certainement le moment le plus émouvant de toute la Torah. Lui, symbole du Juif errant, a réussi l’ascenssion sociale la plus extraordinaire depuis la nuit des temps, passant d’esclave en pays étranger au poste de vice-roi d’Egypte, minsistre du trésor de Pharaon. Lorsque ses frères descendent en Egypte pour la première fois afin d’acheter du blé alors que le reste du monde souffre d’une terrible famine, ils profitent de l’occasion pour chercher leur frère vendu des années auparavant et se souvenant qu’il était très beau, ils se dirrigèrent tout droit vers le quartier de référence pour la prostitution. C’est tout ce qui pouvait arriver à un bel esclave à l’époque et pourtant, Yossef s’est hissé par son intelligence aux plus hautes responsabilités du Royaume !

C’est pourquoi la révélation de Yossef à  ses frères était d’autant plus dramatique et humiliante pour eux, tant leur ennemi de frère avait réussi sa vie mieux qu’eux!

 ”Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria: “Faites sortir tout le monde d’ici!” Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères. Il éleva la voix en pleurant. Les Égyptiens l’entendirent, la maison de Pharaon l’entendit, et il dit à ses frères: “Je suis Joseph; mon père vit-il encore?” Mais ses frères ne purent lui répondre, car il les avait frappés de stupeur. Joseph dit à ses frères: “Approchez-vous de moi, je vous prie.” Et ils s’approchèrent. Il reprit: “Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l’Égypte. Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour ce pays; car c’est pour le salut que le Seigneur m’y a envoyé avant vous. (La Genèse 45,1-5)

Le Midrache nous enseigne sur cet émouvant moment: ‘Malheur à  nous le jour du jugement, malheur à  nous le jour du repproche. Yossef, cadet de ses frères, n’a rien pu entendre de leur part lors de sa révélation tant ils étaient paralysés, nous autres à fortiori le jour de l’ultime jugement!’

A priori lorsque l’on se penche dans les verset relatant la révélation de Yossef à ses frères, on imagine plutot l’émotion suscitée par ces retrouvailles inespérées et l’on voit mal ou se situe le repproche, meme voilé, de Yossef envers ces derniers. Pourtant le Midrache indique clairement que derrière ces pleurs de joie se cache un repproche qui a paralysé toute la tribu de Yaacov.

Le Beth Halevi nous explique que ce terrible repproche est contenu dans les mots “Je suis Yossef, mon père vit-il encore ?”(45,3).

Si l’on reprend le début de la Paracha, on voit Yehouda s’approcher de manière courtoise mais assurée de Yossef, engageant un plaidoyer interminable, faisant passer Yossef aux yeux de ses conseillers comme un cruel dictateur, inhumain, n’ayant pas pitié d’un vieillard attaché à son Benjamin qui ne survivrait pas à la nouvelle que ce dernier devint esclave en Egypte. “Et maintenant, en retournant chez ton serviteur, mon père, nous ne serions point accompagnés du jeune homme et sa vie est attachée à la sienne! Certes, ne voyant point paraître le jeune homme, il mourra; et tes serviteurs auront fait descendre les cheveux blancs de ton serviteur, notre père, douloureusement dans la tombe. Car ton serviteur a répondu de cet enfant à son père, en disant: ‘Si je ne te le ramène, je serai coupable à jamais envers mon père.’ Donc, de grâce, que ton serviteur, à la place du jeune homme, reste esclave de mon seigneur et que le jeune homme reparte avec ses frères. Car comment retournerais-je près de mon père sans ramener son enfant? Pourrais-je voir la douleur qui accablerait mon père?” (La Genèse 44,30-34)

C’est d’ailleurs justement pour éviter que la honte soit encore plus insoutenable pour ses frères que Yossef fit sortir tous ceux qui étaient présent dans la salle avant de  révéler sa véritable identité. Il s’écria “Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l’Égypte “(45,4). L’allusion était des plus flagrantes; comment pouvez-vous me repprocher de ne pas avoir pitié de votre père Yaacov alors que vous-mêmes m’avez vendu en esclave sans vous demander si mon père survivrait à cette épreuve? Pourquoi voudriez-vous qu’on vous prenne en pitié lorsque vous êtes touchés alors que vous en avez pas eu pour moi et mon père à l’époque?

 Ces repproches terribles raisonnent en chacun de nous car le Midrache nous enseigne ici que lorsque l’on rendra notre âme au Créateur, nous aussi aurons à rendre des comptes sur nos actes dans ce monde ici bas. Mais ce qui est plus redoutable encore ce n’est pas le fait d’etre jugé un jour sur notre vie, c’est surtout la manière avec laquelle l’accusateur va nous tourner en dérision dans son argumentation. En effet, ce sont nos réponses qui seront utilisées contre nous et c’est cela qui est le plus terrible et le plus humiliant.

Lorsque l’on justifiera le manque de temps libre pour étudier la Torah, l’ange accusateur nous montrera le film de notre vie en appuyant sur le nombre incalculable de moments perdus inutilement dans des futilités. Quand nous nous défendrons de ne pas avoir eu une bonne mémoire pour se souvenir du peu de Torah qu’on aura appris, le tribunal céleste nous révélera combien notre mémoire nous a jamais trahi lorsqu’il s’agissait d’une dette que notre ami avait envers nous, des articles de journaux dévorés et gravés à  jamais dans notre esprit, ou encore la rancune eternelle envers ce voisin…

Yossef nous donne ici la leçon essentielle pour réussir sa vie et ne pas avoir à chercher de prétextes pour justifier notre manquement à la mission que Hachem a donné à chacun d’entre nous lors de notre venue au monde. La Techouva commence par cette prise de conscience que toutes nos actions sont inscrites dans le livre de la vie ainsi qu’il nous est enseigné dans Pirkei Avot. Mais au-delà du fait que rien n’est caché aux yeux de l’Eternel, c’est surtout le fait qu’on n’aura aucune excuse valable pour justifier notre incapacité à être au niveau de ce qu’on attendait de nous dans le monde futur, qui sera pour nous humiliant.

Que le Maître du monde nous donne la force de prendre conscience que rien n’est perdu et qu’au contraire, c’est le nouveau départ que l’on pourra prendre à la suite de cette profonde introspection qui nous fera certainement rattraper le temps perdu!

Parachat Vayéchev – Yossef vendu par ses frères

7 décembre 2009 à 11:15 | Publié dans Vayechev | Laisser un commentaire
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La parachat Vayéchev commence par un événement dramatique, qui jusqu’à la fin des temps bousculera notre esprit, à savoir la vente de Yossef par ses frères. C’est incontestablement l’une des histoires les plus troublantes de la Torah. Le degré d’élévation spirituel des fils de Yaacov dépasse l’entendement de chacun de nous, si bien qu’il nous est presque impossible de tenter une quelconque explication de ce qui a pu être leur motivation à se séparer de leur frère en l’envoyant en exil, loin de son père, vendu en esclave. La gravité de cette faute fera que des siècles plus tard, Rabbi Akiva et 9 autres tsadikim furent exécutés dans une barbarie extrême afin d’expier la faute des 10 frères de Yossef (Binyamine n’ayant pas participé à cet épisode).

Le fait que la décision de vendre Yossef fut à l’unanimité, nous indique que les frères  étaient tous convaincus d’agir selon de règles de justice des plus claires. Le verset indique “En effet, lorsque Joseph fut arrivé près de ses frères ils le dépouillèrent de sa robe, de la tunique à rayures dont il était vêtu; et ils le saisirent et ils le jetèrent dans la citerne. Cette citerne était vide et sans eau. Comme ils étaient assis pour prendre leur repas, ils levèrent les yeux et virent une caravane d’Ismaélites, laquelle venait de Galaad; leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de lotus qu’ils allaient transporter en Égypte.”(La Genèse 37,23-25), ce qui signifie sans ambiguïté que leur décision était prise en toute conscience et après avoir jeté Yossef dans un trou, ils déjeunèrent tranquillement en attendant qu’une caravane de commerçants nomades vienne à leur rencontre et acheter Yossef pour esclave.

D’un autre coté des années plus tard, lorsque Yossef, devenu vice roi en Egypte reconnut ses frères venus lui acheter du blé et ainsi survivre à la famine, retenu Shimon comme otage en attendant de voir Binyamine, ces derniers se lamentèrent en faisant un rapprochement de leur situation avec celle de Yossef au moment de la vente; “Et ils se dirent l’un à l’autre: “En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds. Voilà pourquoi ce malheur nous est arrivé. Ruben leur répondit en ces termes: “Est ce que je ne vous disais pas alors: Ne vous rendez point coupables envers cet enfant! Et vous ne m’écoutâtes point. Eh bien! Voilà que son sang nous est redemandé.” (La Genèse 42,21-22)

Nous observons que les frères ont compris 14 ans plus tard que leur erreur était d’avoir agi envers Yossef de manière pragmatique voire froide alors qu’ils auraient du faire preuve de jugement plus humain. Mais il ne s’agit en aucun cas de regretter de quelque manière que se soit d’avoir jugé leur frère, néanmoins c’est surtout de l’avoir fait avec des préjugés qui les firent douter de leur clairvoyance.

Quel était donc le motif pour lequel ils sont arrivés a agir de telle sorte; et quelle est la raison pour laquelle ils n’ont pas jugé bon de demander à Yaacov leur père de trouver lui-même la réponse adaptée face au problème existentiel que leur posait Yossef ?

La réponse que nous propose le Sfourno est des plus subtiles ; les frères de Yossef savaient parfaitement que chacun d’entre eux avait une mission spécifique dans le projet spirituel du peuple Juif et c’est la raison pour laquelle ils ne comprenaient ni pourquoi Yossef se permettait d’ambitionner à devenir le premier de la lignée des rois d’Israël, ni pourquoi leur père avait sciemment approuver les intentions de son fils en lui offrant une tunique à rayures, symbole du roi vêtu d’habits de grande valeur.

De plus, comme nous l’explique le Maguid de Doubno, les frères savaient que l’un d’entre eux allait donner naissance à la lignée des rois d’Israël, mais en même temps ils n’imaginaient pas que Yossef pouvait être l’élu du fait de son comportement hautain envers eux et la facilité avec laquelle il se permettait de raconter à Yaacov tous leurs méfaits, lorsqu’on sait que la mission première du roi est d’être le représentant d’Hachem, avec toute l’humilité que ça nécessite !!!

Enfin, du fait que Yaacov avait pris parti pour Yossef en lui offrant cette fameuse tunique, ses autres fils n’ont à aucun moment jugé utile d’en parler à leur père, le considérant parti prenante donc dans l’impossibilité totale d’apporter une solution partiale et juste à ce problème. Là, résidait leur erreur et cet exemple nous aidera à saisir encore plus fort le message qui est transmis ici à chacun d’entre nous:

Un groupe de personnes sur un bateau guette à l’horizon la terre ferme quand soudain le capitaine muni de ses jumelles s’écrie ‘terre a bâbord’! Les gens suivent son regard mais ne voient rien à vu d’oeil, alors ils le traitent de menteur. Mais l’un d’entre eux les fait taire en leur disant ‘comment pouvez-vous douter du capitaine alors qu’il est le seul a disposer de jumelles pour voir au loin?’

 Comment les fils de Yaacov pouvaient penser que leur père voyait les choses du même objectif qu’eux? Yaacov, le plus parfait des Avot, son visage gravé sur l’un des pieds du trône céleste, jugerait les situations de manière subjective? Est-ce qu’on pouvait parler de décision à la majorité quand Yaacov disposait d’un champ de vision mille fois plus grand que ses propres enfants?

Voila comment l’homme peut passer complètement à côté de sa vie et des bonnes décisions quand il ne prend pas la peine de demander conseils aux grands de la génération, aux rabbanim qui voient par discernement alors que lui est dans le flou !!!

 Si jamais nous pouvions à notre niveau transposer l’histoire de la vente de Yossef par ses frères dans notre vie quotidienne, nous verrions facilement combien de fois nous avons pensé être les seuls à pouvoir décider de ce qui est bon pour nous et réaliser, parfois des dizaines d’années plus tard, à quel point nous avions tout faux. Par extension nous pouvons ajouter que l’autre enseignement de ce tragique épisode de la Torah est qu’il est évident qu’on ne peut vivre son judaïsme de manière personnelle sans tenir compte des mauvaises influences de notre entourage et qu’il est essentiel voire vital de vivre près de nos maîtres qui pourront mieux nous connaître et ainsi nous conseiller d’après le Daat Torah, ce discernement que seule la Torah peut nous garantir qu’il est des plus objectifs possible à l’échelle humaine !

Parachat Vayétsé – La prière de Yaacov

22 novembre 2009 à 19:39 | Publié dans vayetsé | Laisser un commentaire
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La paracha de Vayétsé traite du départ de Yaacov de sa maison natale vers Harane, suite aux menaces de mort proférées à son égard par Essav . Et à nouveau autour d’un puit (la Torah étant toujours associée à l’eau qui nous est vitale) eu lieu la rencontre émouvante avec Rachel. On connaît la suite, où Lavan son oncle et futur beau père lui inversa Rachel par Léa en prétextant qu’on ne marie pas la seconde avant l’aînée, et de ce fait Yaacov épousa ses deux cousines pour ainsi donner naissance aux douze tribus d’Israël. Mais auparavant il y eut le fameux rêve ou notre patriarche vit une échelle d’où montaient et descendaient des anges et comprit qu’il se trouvait dans un lieu saint. C’est alors qu’il fit une prière en ces termes: “Si le Seigneur est avec moi, s’il me protège dans la voie où je marche, s’il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir; si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi et cette pierre que je viens d’ériger en monument deviendra la maison du Seigneur et tous les biens que tu m’accorderas, je veux t’en offrir la dîme.” (La Genèse 28, 20-22)
Deux questions viennent à l’esprit en lisant cette prière de Yaacov:
Premièrement le verset raconte que déjà pendant son rêve l’Éternel lui affirma être avec lui et le protéger lors de ce voyage alors d’où vient le besoin de demander à nouveau alors qu’il n’y a déjà plus aucun doute ?
De plus, quel intérêt à prier particulièrement pour du pain et des vêtements, en exprimant le désir particulier de bénéficier – exceptionnellement – du Hessed divin alors qu’on récite tous les jours dans le Birkat hamazone le verset « Tu ouvres la main et rassasies avec bienveillance tout être vivant» ? (Les Psaumes 145,16)
En fait, il faut revoir en profondeur la teneur de cette promesse divine dans le rêve de Yaacov. L’Éternel s’adressa en ces termes: « Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: “Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis.” » (La Genèse 28,13-15)
Ce qui apparaît clairement c’est l’absence de promesse quant à la nourriture et aux vêtements. Ce qui démontre que dans la prière de Yaacov en se levant de ce rêve n’est pas un besoin d’être assuré d’avoir bien compris. Il faut donc comprendre qu’il ne s’agit pas d’une prière pour la sécurité physique mais plutôt spirituelle. Notre ancêtre savait la mauvaise influence que tentera d’exercer son oncle idolâtre sur lui et sa famille et c’est pourquoi il avait besoin d’être également rassuré sur ce plan métaphysique car sinon la mission était perdue d’avance.
À ce moment Yaacov, le plus parfait des trois patriarches, ayant bénéficié des conseils et de la sagesse de son père Isaac et son grand-père Abraham, mais surtout âgé de 75 ans et donc construit sur tous les plans par sa propre recherche de la vérité, cet hommes demande s’il ne perdra pas son chemin auprès de Lavan. Et c’est pourquoi sa prière pour le pain et l’habit exprimait surtout l’angoisse d’être mis à l’épreuve de la pauvreté ou de la richesse, car le surplus de confort matériel abîme également une personne. Donc il fallait du pain mais seulement « pour manger » et des vêtements « pour se vêtir » mais rien de plus !!!!!!!!
« si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi» ce qui signifie que même si Hachem lui promettait dans ce rêve de le ramener en paix vers les terres familiales, il lui fallait être sûr que ça soit « la maison paternelle » avec la même intensité spirituelle, non pas seulement en paix physiquement !!!
Le message du célèbre commentateur ‘Kli Yakar’ est des plus limpide, à savoir que même si l’homme sur le point de subir un déracinement prierai plutôt pour la richesse et la Bera’ha dans l’abondance, pour ainsi survivre l’épreuve du périple, il est aussi important de prier pour trouver un équilibre sur le plan spirituel quelque soit la destination finale. Certaines personnes vont des fois au bout du monde pour leur survie matérielle et aujourd’hui c’est encore plus facile et abordable avec la révolution des transports, mais l’homme ne peut se dissocier des besoins spirituels qui font partie de lui. Malheureusement des gens fuient la France en prétextant l’antisémitisme mais oublient de regarder si lorsqu’ils arriveront en Israël, ils ne s’installeront pas loin des centres communautaires qu’ils avaient l’habitude de trouver près de chez eux. On pense que du fait d’être méritant rien qu’en foulant la terre d’Israël, le reste n’est déjà plus que secondaire. C’est faux car les forces d’opposition sont beaucoup plus évidentes en Israël tant il existe de définitions du judaïsme contemporain !!
C’est pourquoi les aspirations du Olé (l’immigrant) doivent être plus élevées sur le plan spirituel car ici le pain n’est que pour la survie ainsi que l’habit, l’économie reste inexplicable comme l’a déclaré à la Knesset Jacques Attali en 1976, la chemita (année de jachère) reste une source de bénédiction et n’a aucune explication rationnelle. Tout est fait pour nous interpeller sur les priorités à fixer dans notre vie pour réussir la conquête de la Terre Sainte.
Le message de nos ancêtre a toujours été durant tous leurs voyages racontés dans Béréchit, ce soucis de conserver l’identité de la famille juive qui naissait, et on retrouvera plus tard la déchirure lors de l’exil de Yossef en Égypte ce deuil de père ne sachant plus où son protégé trouverait la porte du spirituel loin de lui et lors des retrouvailles Yaacov de dire « Je puis mourir à présent, puisque j’ai vu ta face, puisque tu vis encore!» (La Genèse 46,30) car il avait senti que l’intégrité de son fils perdu était restée intacte malgré l’éloignement.
Puissions tous réussir à nous garder des influences négatives que le monde nos fait subir et ainsi, là où Hachem nous enverra, nous resterons Juifs dans le sens spirituel du terme !!!

Parachat Mikets – Les rêves de Pharaon

21 décembre 2008 à 19:28 | Publié dans mikets | 1 Commentaire
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Les sept vaches grasses

Sachez exploiter votre rêve

Vache grasse n°1 : l’économie.

Vache grasse n°2 : la liberté et la démocratie.

Vache grasse n°3 : la technologie moderne (l’automobile, l’ouvre-boîte électrique, l’Internet).

Vache grasse n°4 : la médecine moderne (la neurochirurgie, le Prozac, les lentilles de contact colorées).

Vache grasse n°5 : la communauté juive (Albert Einstein, Gad Elmaleh, Pierre Mendès-France).

Vache grasse n°6 : l’état politique de la nation (les Juifs vivant sur leur terre sous un gouvernement juif, etc, etc).

Vache grasse n°7 : l’état spirituel de la nation (une abondance de yéchivas, de synagogues, de centres communautaires, de cours de Paracha, de Talmud, de Kabbala, de rabbins, de rabbis et de gourous comme jamais auparavant).

Et voici que sept autres vaches montaient du Fleuve après elles, celles-là chétives et maigres, et s’arrêtèrent près des premières au bord du fleuve. (Genèse 41, 3)

Vache maigre n°1 : l’économie.

Vache maigre n°2 : la liberté et la démocratie.

Vache maigre n°3 : la technologie moderne.

Vache maigre n°4 : les coupes dans le budget de la santé.

Vache maigre n°5 : la communauté juive.

Vache maigre n°6 : l’état politique de la nation.

Vache grasse n°7 : l’état spirituel de la nation.

 L’un des détails importants, mais peu analysé, du célèbre rêve de Pharaon est le fait qu’au départ les sept vaches grasses et les sept vache maigres se tenaient côte à côte sur la rive du fleuve. En d’autres termes, les quatorze vaches existaient simultanément dans ce rêve, contrairement à ce qui s’est déroulé dans la réalité où les sept années de famine ont succédé aux sept années de plénitude.

C’est la raison pour laquelle les sages de Pharaon, qui avancèrent toutes sortes d’interprétations exotiques à son rêve (par exemple « sept filles te naîtront et sept filles mourront »), n’admettaient pas cette solution qui était pourtant l’évidence même. Quand les vaches sont-elles grasses ? Quand les récoltes sont abondantes ! Et quand sont-elles décharnées ? En temps de famine. Et il en va de même pour les épis de blé gras et maigres. Quoi de plus évident ?

Mais Pharaon avait vu les vaches grasses et les vaches maigres paître ensemble. Il est impossible d’avoir des années d’abondance et des années de famine en même temps, disaient les sages. Les rêves doivent avoir un autre sens, moins évident, de plus métaphorique.

Le génie de Joseph fut de comprendre que les rêves de Pharaon n’annonçaient pas seulement les événements à venir, mais enseignaient également comment y faire face : ils disaient à Pharaon de faire en sorte que les sept années d’abondance coexistent avec les sept années de famine. Quand Joseph instruisit Pharaon sur la manière de se préparer à la famine annoncée, il n’offrait pas un conseil non sollicité : ce conseil était partie intégrante de l’interprétation du rêve. Si tu gardes le surplus de la récolte des années de richesse, disait Joseph, alors les sept vaches grasses seront toujours présentes lorsque les sept vaches maigres sortiront de la rivière et ces dernières auront de quoi manger.

Les Maîtres de la ‘ Hassidout remarquent que le premier galout (« exil ») du peuple juif se produisit dans une brume de rêves. Les rêves de Joseph, les rêves du boulanger et de l’échanson et les rêves du Pharaon conduisirent Joseph, puis toute sa famille, en Égypte où ils allaient subir l’exil, l’esclavage et les persécutions jusqu’à leur libération par Moïse, plus de deux siècles plus tard. Il est à noter que l’exil précédent de Jacob à ‘Haran avait également commencé et terminé par des rêves.

Ceci car le galout est en soi un rêve : un état d’existence parcouru de métaphores obscures, de terrifiantes exagérations et d’impossibilités rationnelles. Un état dans lequel les vaches grasses et les vaches maigres vivent simultanément, dans lequel une vache peut même être à la fois grasse et maigre.

Le galout est un lieu où une économie florissante est à la fois une bénédiction et une malédiction, où le courant de liberté qui bouillonne révèle en l’homme le meilleur comme le pire, où le Web conquérant véhicule la sagesse et l’abomination, où nous sommes saturés de spiritualité et en même temps spirituellement démunis.

Mais il existe une solution à ce désordre cosmique. Écoutons parler Joseph (Pharaon lui-même sait reconnaître un bon conseil quand il en entend un). Ne fuyez pas le rêve, dit Joseph. Ne lui cherchez pas d’autres explications. Utilisez-le. Si le galout vous présente le paradoxe des vaches grasses et des vaches maigres, paissant côte à côte sur le bord du fleuve, utilisez les vaches grasses pour nourrir les vaches maigres. Faites du rêve lui-même la solution.

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