Vayéra – Le sacrifice d’Isaac: L’épreuve authantifiant la vie d’Avraham
6 novembre 2009 à 12:11 | Publié dans Vayéra | Laisser un commentaireLa paracha de la semaine évoque la akedate Its’hac (sacrifice d’Isaac), sujet clé de la Torah. La dernière épreuve (nissayone) d’Avraham Avinou. Qu’a été la akédate Its’hac, qui joue un rôle déterminant jusqu’à aujourd’hui ? Pour preuve, nous évoquons son souvenir et son mérite les jours les plus solennels de l’année, c’est-à-dire durant Roch Hachana ainsi que Yom Kippour.
Hachem s’adresse à Avraham, vers la fin de notre paracha : « Il arriva, après ces faits, que Dieu éprouva Abraham. Il lui dit: “Abraham!” Il répondit: “Me voici.” Il reprit “Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac; achemine-toi vers la terre de Moria et là offre-le en holocauste sur une montagne que je te désignerai.” » (chapitre 22, 1-2). Rachi commente: “de grâce (mon) fils, surmonte cette (dernière) épreuve pour ne pas que les gens disent que les précédentes ne valaient rien”. Pourquoi les gens pourraient-ils penser une telle chose ? Est-ce que le fait qu’un élève échoue à son dernier examen, signifie que la réussite à tous les précédents n’étaient pas significative, cet échec remettrait alors en cause tout son niveau ?
Quelques versets plus loin, au terme de cette épreuve: “Il reprit: “Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal! car, désormais, j’ai constaté que tu honores Dieu, toi qui ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique!” (22,12).
Rachi d’expliquer: désormais, je sais quoi répondre au Satan, et aux Nation qui s’étonneront de l’amour que je te porte. La raison que je donnerai est qu’ils voient que « tu crains l’Eternel » (midrache Tanh’ouma Vayéra 46). Comment comprendre cette allégation ? Elle sous-entend alors que jusqu’à présent toutes les épreuves qu’Avraham avait surmontées ne prouvaient rien quant à son attachement à Hachem ; ce n’est que cette ultime épreuve qui a vérifié l’intégrité d’Avraham. C’est incroyable et tout à fait surprenant.
Le Rav Eliaou LOPIAN rapporte au nom du Saba de Kellem des réponses à ces questions. Toutes les épreuves jusqu’à celle-ci avaient été des épreuves très dures, mais toutes laissaient place à l’esprit et à l’intelligence, à la compréhension. On pouvait y voir une défense des idées d’Avraham, qui s’engageait pour une cause en laquelle il croyait. Dans Our Kasdim par exemple (épisode où NIMROD, roi de l’idolâtrie l’a jeté dans la fournaise ardente), c’était une lutte de la foi et la rercherche de la vérité, contre l’hérésie qui est provoquée et justifiée par la recherche des passions et des pulsions, par l’envie de servir sa propre volonté. Quand l’esprit se renforce et prend le dessus sur le corps, alors on parvient à surmonter l’épreuve.
Tout homme qui a étudié comprend que sans l’étude nous ne sommes pas des hommes au sens où la Torah l’entend, c’est-à-dire un être capable de se dominer. Le Midrache nous enseigne que « La sagesse des peuples, tu peux t’en inspirer et y croire, mais la Torah (façon de se conduire) des Nations, n’y crois pas ». Il y avait des philosophes, des génies dans le passé, dont Socrate (que le Rambam qualifiait d’homme le plus savant des Nations) qui allaient contre l’idolâtrie. Il a été jugé, on l’a condamné à revenir sur ses paroles prononcées publiquement, à savoir que le concept de Divinité Grecque n’était qu’une chimère, il a dit aux juges « si vous souhaitez me tuer, tuez moi ». « Je suis prêt à mourir, même à boire un verre de poison ». Il aurait pu être acquitté de son accusation en renonçant à ses déclarations mais son esprit l’aavait élevé à un très haut niveau. A l’instar d’Avraham, dans l’épisode de la fournaise, où le Roi Nimrod lui demanda soit de renoncer à la Torah, soit d’entrer dans le feu, il préféra mourir dans la vérité plutôt que de vivre dans le mensonge. A priori, on voit que même des arabes sont capables de se faire exploser pour défendre leurs idées.
Avraham durant toutes ses épreuves allait donc d’après son intellect et d’après les idées qu’il défendait. Le Satan l’attaquait, mais à l’instar de Socrate, il parvenait à le combattre par la force de ses convictions. Socrate a mis à mal la mythologie Grec, il ne s’est pas repenti pour autant, et n’a pas trouvé le chemin de la vérité, à l’inverse d’Avraham qui a réduit à néant le bien fondé de l’idolâtrie et à découvert un nouveau sentier qui menait à la vérité, de la Majesté d’Hachem dans le monde. Pour eux, la vérité valait plus que la vie.
La dernière épreuve d’Avraham, le sacrifice de son fils, était aux antipodes de ses convictions, et de sa compréhension. De tout temps, Avraham allait de ville en ville de pays en pays, pour implorer les gens d’abandonner leurs mauvais chemins, il véhiculait les valeurs d’amour et de miséricorde. Il scandait des slogans, « L’Eternel est bon pour tous, sa pitié s’étend à toutes ses créatures» (Psaumes 145,9). Il a ramené des milliers d’adeptes à la Torah. Qu’allait il répondre, à cette pléiade de fidèles, lorsqu’il allait commettre un acte semblant proche de l’idolâtrie, et prenant à revers son combat de toute une vie ? Les gens se détourneraient à coup sûr du chemin qu’il leur avait enseigné. Le Satan est venu lutter contre Avraham avec cet argument quasi irréfutable. Quelle profanation du Nom de d’Hachem, pour celui qui a passé sa vie à Le sanctifier !!!
A quoi cela ressemble lui disait le Yetser ara ? A un Roi qui avait confié l’éducation de ses enfants, à son meilleur ministre. Il a donné à cet éducateur une épée pour qu’il sacrifie les enfants du Roi. L’éducateur a dit « je préfère que le Roi me tue, plutôt que de tuer les enfants du Roi ».
Par ailleurs, Avraham aurait pu dire à Hachem, « tu m’as dit hierque Isaac allait être mon héritier, tu me dis aujourd’hui de le sacrifier ? Nous sommes là pour faire le kidouch Hachem dans le monde, maintenant tu me demandes de commettre le pire Hiloul Hachem »?
Avraham a répondu, « tu as raison Satan, tes questions sont justes, mais Hachem te répondra, s’Il me l’a demandé je ne discute pas sa Volonté et ses ordres ». Avraham n’a pas posé ces questions logiques avant l’accomplissement de la Volonté Divine, il s’est inscrit dans la doctrine qui a valu au peuple d’Israël d’être le peuple élu; « Nous ferons et nous comprendrons ».
Hachem alors lui dit : « Je sais maintenant que tu Me crains » ce n’est pas seulement d’amour dont on parle ici, c’est de la crainte, de ne pas bouger devant les paroles d’Hachem. Maintenant Je sais quoi répondre aux nations et au Satan. Avant Je ne savais pas répondre, parce que les peuples sont capables de défendre leurs idées de cette façon extrême et entière. Mais Avraham a montré ce que personne n’était capable de faire, d’annuler son intellect et ses idées, devant la Volonté d’Hachem, de sacrifier toute sa vie et son travail pour accomplir la volonté d’Hachem. Cette épreuve a dévoilé que toutes les précédentes, bien qu’apparemment en phase avec la Volonté d’Avraham et ses idées, avaient été surmontées pour accomplir la Volonté d’Hachem, c’est pourquoi cette dernière épreuve est le dévoilement et le sceau de l’intégrité, du dévouement et de la sincérité d’Avraham. Nous percevons ici l’importance et la puissance de la Crainte du Ciel qui fait toute la différence entre Avraham et Socrate, entre Israël et les Nations.
Dans le Chapitre 20 verset 3: « Le Seigneur visita Abimélec dans un songe nocturne et lui dit: “Tu vas mourir, à cause de cette femme que tu as prise (Sarah) et qui est en puissance de mari.” »… Au petit matin il raconte à ses serviteurs ce qu’Hachem lui a dit, il était dans la peur et la crainte. Il avait foi en Hachem et réprimanda Avraham Avinou, de ne pas lui avoir dit qu’il était le mari de Sarah, et c’était en toute ignorance qu’il s’était permis de convoiter. Seul Avimelekh parlait. Il n’est pas mentionné dans la Torah ce qu’Avraham a répondu. Avimelekh lui a redemandé plus loin la même chose. Avraham devant le roi, ne répondait pas malgré les réprimandes.
Avraham n’a répondu que lorsque le Roi le lui a demandé expressément. Il a alors révélé les motifs pour lesquels il fit passer Sarah pour sa sœur. «Abraham répondit: “C’est que je pensais: Pour peu que la crainte de Dieu ne règne pas dans ce pays, ils me tueront à cause de ma femme.”(20,11).
Rachi explique, généralement quand quelqu’un est de passage dans une ville, on a coutume de lui demander ce qu’il souhaite manger ou boire, mais ici, on a demandé à Avraham des questions sur la femme qui l’accompagnait, ce qui dévoilait les mauvaises mœurs de ce peuple, à qui il dut voiler la vérité.
Le Rav Yamine TOLEDANO, grand talmudiste de Bné Brak, a commenté l’analogie entre l’évocation de la CRAINTE du Ciel dans cette paracha, une fois concernant Avraham, de façon positive, et une fois concernant le peuple du Roi Avimelekh de façon négative. Il a déduit de celle-ci, que lorsqu’on n’a pas de Crainte du Ciel, on peut en venir à tuer, c’est donc, que lorsque Hachem, atteste sur Avraham qu’il a à présent la Crainte du Ciel, c’est qu’il témoigne à cet instant, qu’Avraham ne pourra jamais tuer, puisqu’il est dominé par la Volonté d’Hachem, et non pas par ses passions et ses pulsions qui pourraient lui dicter une conduite abjecte, comme celle qu’il reprochait au peuple d’Avimelekh.
En 1937, Rav Elkhanane WASSERMAN Zatsal, était à Berlin pour collecter des fonds pour la yeshiva ; Rav Yehiel Yaacov WEINBERG, Rosh Yeshiva de Berlin lui a demandé de donner un cours de pensée juive, comme celui que nous sommes en train de partager. Rav WOLF, fondateur des séminaires pour les jeunes filles à Bné Brak, a entendu cette histoire, il faisait parti des élèves présents. C’était la semaine de la paracha de Vayéra. Rav WASSERMAN expliqua quelle était la discorde entre Avraham et Avimelekh. Il illustra son propos, par une comparaison avec la génération dans laquelle il vivait.
« Berlin, est la ville la plus élevée du point de vu de l’intelligence, de la science, de l’éducation, de la technologie… Il manque juste une chose : la Crainte du Ciel. S’il n’y a pas de crainte du Ciel, rien ne pourra tenir. Les passions et pulsions prendront le dessus, on pourrait se convaincre qu’une femme est veuve, pour se permettre de la convoiter ». Rav Elkhanane a alors déclaré contre toutes attentes et contre toutes les impressions, qu’il n’y avait pas de Crainte du Ciel (c’est-à-dire de conscience qu’on devra rendre des comptes à Hachem), et que par conséquent, que l’Allemagne commettrait un jour les pires crimes au monde. Certains le contestèrent, mais les années illustrèrent malheureusement ses propos visionnaires. La Seconde Guerre Mondiale a été le théâtre odieux de ce que l’homme civilisé et instruit a pu faire à l’homme, en lui ôtant sa condition d’homme.
Comme nous le citions précédemment, il ne faut pas croire en la Torah des peuples. L’homme doit certes marcher avec intelligence, (sinon il ne vaut pas plus qu’un animal), mais il faut l’assujettir à la Volonté d’Hachem qui doit prédominer. C’est uniquement par le biais de la Crainte du Ciel qu’on peut y parvenir.
Nombreux sont les fous capables de se faire exploser au milieu de populations civiles innocentes, parce que considérées comme ennemies, les kamikazes Japonais aussi furent l’illustration de l’apologie de la mort à des fins patriotes, pour défendre des idéologies. Mais prendre l’idéologie et l’assujettir à tout prix à la volonté d’Hachem (HALAKHA) sans comprendre, sans bouger, c’est trop difficile, c’est pourtant cela la Crainte du Ciel. Avraham a refléchi avec son esprit mais il s’est élevé pour accomplir la volonté d’Hachem, même lorsque celle-ci semblait aller à contre courrant de ses idées. C’est la grandeur de l’homme qui cherche a annuler sa volonté devant la Volonté d’Hachem, comme le Pirkei Avot nous y exhorte, c’est ainsi qu’on accomplit toujours le Dvar halakha (la loi de la Torah), en se convainquant que « il n’y a pas de sagesse et d’issue en dehors d’Hachem ».
Pour illustrer cet adage, la Guémara dit en substance la chose suivante: imaginons que le soir du mariage, le marié est paré d’un pantalon contenant du chaatnez (mélange de lin et de laine, interdit formellement par la Torah ; des laboratoires permettent de faire analyser la composition du vêtement, qui n’est souvent pas apparente sur l’étiquette). Un Rav expert dans l’analyse s’en aperçoit au mauvais moment. Il doit l’enlever sur place devant les caméras. C’est la halakha, même dans la rue. De même, si des cohanim sont au mikvé et qu’un d’entre eux, meurt subitement, les autres doivent courir pour sortir du Mikvé, tout nu, afin de ne pas contracter l’impureté transmise par le mort, lorsqu’il se trouve dans la même pièce que les cohanim. Imaginez ces scènes ! Combien elles sont difficiles à concevoir, combien on pourrait se dire, que ce n’est pas poli, ni civilisé, que c’est extrême, et pourtant c’est la volonté du Tout Puissant, celui qui l’accomplit montre par là sa Crainte du Ciel.
De même, si quelqu’un nous parle pendant le kaddish, on ne doit pas répondre, même si on passe pour un fou. C’est à ce sujet que notre Sainte Torah nous enseigne, « mieux vaut passer toute sa vie pour un fou aux yeux des hommes, qu’une seule seconde devant l’Eternel ».
Le juif doit savoir qu’il n’y a pas de compromis avec la Torah, lorsqu’on nous dit qu’on ne doit pas faire la bise à une femme, ou encore pire à sa tante, ou qu’on ne doit pas lui serrer la main, le Yetser ara nous attaque en nous disant que ce n’est pas logique… on coupe alors la Torah à sa mesure et pratique la religion à la carte. Ce type de juifs en Israël est appelé Massorati traditionaliste on traduit ce terme par le mot « scie ». C’est-à-dire qu’ils se munissent d’une scie pour façonner la Torah à leur guise. Le Rav KAPLAN racontait qu’une femme un jour lui avait confié, qu’elle avait dû un chabbat appeler les secours pour une raison de Pikouah’ nefesh (question de vie ou de mort). Lorsque le Rav lui a demandé si la personne s’en était bien sortie, la femme lui a répondu, que D.ieu merci le chien était sain et sauf. Où va-t-on ? On voit ainsi comment les rues sont devenues.
Tous les enfants d’Israël que nous sommes, voulons être bénéficiaires du mérite éternel du sacrifice d’Isaac. Quand on ne sait pas ce que l’on doit faire, il faut questionner des rabanim, qui nous disent ce qu’Hachem attend de nous. Dans notre génération on ne sait pas ce qu’on va devenir. Notre survie réside dans le fait de nous renforcer dans le respect du Choulkhan Aroukh (recueil des lois juives). Celui qui vit ainsi recevra la protection d’Avraham Avinou, qui le défendra du Ciel.
Qu’on puisse se renforcer dans la foi en Hachem et en nos maîtres, celle-ci qui nous sauvera lorsque viendra le Machia’h, que ce soit de nos jours, au plus vite, dans la téchouva et dans la joie. Amen.
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