Emor – qui a besoin d’indépendance?
26 avril 2010 à 13:23 | Publié dans Emor | Laisser un commentaireLa lecture de la Parachat Emor se situe toujours pendant la période du Omer, où l’on compte les 49 jours nous séparant de la fête de Chavouot. Les différentes fêtes de l’année y sont évoquées, notamment cette période comme l’indiquent les versets suivants: “Puis, vous compterez chacun, depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert l’ômer du balancement, sept semaines, qui doivent être entières; vous compterez jusqu’au lendemain de la septième semaine, soit cinquante jours, et vous offrirez à l’Éternel une oblation nouvelle.” (Vayikra 23,15-16)
Comme nous le savons, le décompte du Omer appelé Sefirat Ha’omer, n’a rien de commun avec le chabbat, il peut donc commencer et se terminer tous les jours de la semaine. C’est pourquoi nous nous devons d’expliquer le langage ambigu du verset “sept semaines” qui littéralement s’écrit “sept chabbat”? De plus, pourquoi dans la Paracha de Réeh dans Dévarim il est clairement indiqué le terme de semaine et pas celui de chabbat?
Il faut comprendre le message de la Torah qui évoque la notion de chabbat et la relie au décompte du Omer, en indiquant le devoir de ne pas compter les jours sans mentionner leur position par rapport au chabbat.
Explication: la Sefirat Ha’omer est une mitsva correspondant à un décompte de 49 jours (7 semaines) qui séparent le deuxième jour de la fête de Pessa’h et le premier jour de la fête de Chavouot. Selon le récit de la Torah, 49 jours séparent en effet la libération des Israélites esclaves en Égypte (libération commémorée par la fête de Pessa’h) du don de la Torah à Moïse sur le Mont Sinaï, il y a environ 3000 ans (don commémoré par la fête de Chavouot).Ce décompte doit permettre symboliquement de préparer les Juifs à revivre le don de la Torah lors de Chavouot.
Le Passouk témoigne dans le livre de Dévarim: “Et quelle divinité entreprit jamais d’aller se chercher un peuple au milieu d’un autre peuple, à force d’épreuves, de signes et de miracles, en combattant d’une main puissante et d’un bras étendu, en imposant la terreur, toutes choses que l’Éternel, votre Dieu, a faites pour vous, en Egypte, à vos yeux? ” (Deutéronome 4,34) On observe ici qu’il s’agit de la gestation de notre liberté et indépendance nationale. La période du Omer fait la transition entre le moment de la liberté physique acquise lors de la sortie d’Egypte, et celui de la seconde liberté obtenue à Chavouot avec le don de la Torah. Lorsque caque juif compte ces 49 jours, il se prépare à recevoir la Torah et ainsi devenir différent des autres aspirations humaines de liberté qui se limitent au niveau de la défense de la patrie exclusivement, tant sur le plan territorial que culturel.
Mais voilà, la Torah n’est pas une culture, alors comment peut-on imaginer un peuple qui vient de naître, sorti de l’esclavage quelques semaines auparavant, accepter ce don de l’Eternel qui en quelque sorte est un autre joug, spirituel cette fois? Pourtant ce n’est qu’après la libération de l’esclavage que ce nouveau peuple devrait aspirer construire, établir cette culture nationale?
En effet, cette demande relève de l’impossible pour celui qui pense être le créateur, le constructeur, le maître de sa personne et du monde entier. Chez lui, céder sa liberté et son indépendance serait l’équivalent du suicide, car que lui resterait-il en ce monde? Mais le peuple Juif, en revanche, possède en lui cette croyance immuable “Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment et il s’est reposé le septième jour; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du Sabbat et l’a sanctifié. ” (Exode 20,10) Nous savons profondément que nous ne sommes que de la matière dans la main du Créateur, des outils du Maître du Monde.
Les différentes nations ont besoin d’indépendance afin d’exprimer leur nationalisme, mais le peuple Juif n’a aucune difficulté à recevoir le joug de la Torah, car il sait qu’à travers Elle il est le seul à pouvoir véritablement créer, exister, traverser l’Histoire sans jamais disparaître!
Durant les jours de la semaine, où chacun d’entre nous est soumis aux lois de la société, au monde du travail, il est presque impossible de prendre conscience de la petitesse de l’homme et sa vulnérabilité. Seul le chabbat peut nous élever et nous montrer combien nous sommes bénéficiaires de la bonté d’Hachem à chaque instant de notre vie.
Rav Shimshone Raphael Hirsh, qui faisait parti des plus grands Sages en Allemagne au 19ème siècle, nous explique ici le sens profond du décompte du Omer, à savoir qu’il faut vivre ces sept semaine sous l’influence du chabbat et ainsi reconnaître que l’indépendance et la liberté, qui sont des notions essentielles et vitales dans la société occidentale, sont en fait des notions imaginaires, de la poudre aux yeux. Le peuple Juif a traversé les heures les plus sombres de l’Histoire sans jamais se décomposer totalement grâce à la Torah uniquement, et le fait que Yom Haatsmaout et Yom Yeroushalayim ont été établi dans le mois de Iyar (qui est d’ailleurs entièrement situé pendant le Omer), c’est sûrement pour nous indiquer l’objectif final de toute cette préparation; celui de recevoir la Torah le 50ème jour qui est celui de Chavouot!
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