Vayichla’h – Le rapport à l’argent chez Yaacov.
30 novembre 2009 at 21:40 | In vayichla'h | Leave a CommentTags: dracha, essav, hachem, hashem, machia'h, paracha, parasha, vayichla'h, vayishlach, yaacov
La paracha de la semaine traite longuement de la rencontre des deux frères ennemis Essav et Yaacov qui aurait du se passer par un combat sanglant entre l’armée de Essav (400 hommes) et les membres de la famille de son cadet. Notre patriarche se prépara à cet événement par la prière, les cadeaux, et les armes. Mais il savait que son frère serait encore plus impressionné s’il divisait les cadeaux (bétails et autres) en plusieurs groupes, de ce fait Essav arriverait jusqu’à lui après plusieurs étapes où il recevrait à chacune d’elles des présents qui le calmerait et lui feraient renoncer à tuer son frère qui a reçu les dernières bénédictions d’Isaac leur père.
Tout en préparant ces différents camps, le verset raconte que Yaacov resta seul le soir après avoir fait traversé sa famille le fleuve de Yabok et qu’il eut un long combat avec une homme jusqu’au lever du jour. “Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui, jusqu’au lever de l’aube. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, il lui pressa la cuisse; et la cuisse de Jacob se luxa tandis qu’il luttait avec lui. Il dit: “Laisse moi partir, car l’aube est venue.” Il répondit: “Je ne te laisserai point, que tu ne m’aies béni.” Il lui dit alors: “Quel est ton nom?” Il répondit: “Jacob.” Il reprit: “Jacob ne sera plus désormais ton nom, mais bien Israël; car tu as jouté contre des puissances célestes et humaines et tu es resté fort.” Jacob l’interrogea en disant: “Apprends-moi, je te prie, ton nom.” Il répondit: “Pourquoi t’enquérir de mon nom?” Et il le bénit alors. ” (La Genèse 32,25-30)
Rachi explique qu’il retourna prendre quelques fioles d’huiles qu’il avait oublié de l’autre côté de la rive et qu’un ange de Essav l’attaqua. Lorsqu’il vit qu’il pouvait le battre et que le soleil se levait il demanda à Yaacov de le laisser repartir mais ce dernier refusa tant qu’il ne recevait pas de bénédiction de l’ange. Et c’est là qu’il lui fut annoncé le changement son nom en Israël .
On est loin d’imaginer la grandeur d’âme de nos ancêtres et si la Torah détaille ce qui apparemment nous parait être un défaut comme retourner chercher quelques fioles sans grande valeur, c’est bien qu’il nous faut déceler le message qui nous concerne, et c’est ce que nous allons essayer de comprendre ensemble à travers les commentaires de nos sages.
Le yetser ara est comparé à une mouche qui se niche dans un coin du cœur. De même que la mouche se pose sur les plaies de l’homme et suce son sang, ne serait-ce que sur une petite plaies, ainsi tant que l’homme est parfait le yetser ara ne peut l’atteindre, mais dès qu’il décèle une quelconque défaillance il l’attaque sur ce point faible.
Nos sages se demandent pourquoi Yaacov resta seul malgré la nuit pour rechercher quelques objets auxquels on n’attacherait aucune importance ?
C’est pour nous montrer à quel point l’argent des tsadikim leur est important. De là est venue la célèbre caricature du juif radin, proche de ses biens. Mais sachant que la cupidité est un grand défaut il nous faut comprendre la raison pour laquelle précisément les justes agissent ainsi.
En fait, ce n’est pas l’attachement à l’argent synonyme de moyen d’assouvissement des désirs qui les anime mais le moyen d’accomplir une infinité de mitsvot. Lorsque nous sommes amenés une fois par an à choisir notre loulav et étrog pour la fête de souccot on est pris d’un sentiment de respect proportionnel à l’effort pécuniaire et de temps qu’il nous a coûté. C’est pour cela que le tsadik s’efforce de dépenser un argent qu’il sait propre. S’il est employé, il fera attention à ne pas perdre un instant sur le compte de son employeur. S’il est indépendant il gèrera ses affaires en évitant toute fraude. Et s’il emploie du personnel il agira le plus scrupuleusement possible, sans jamais retarder le versement de leur salaire. De ce point de vue nous ne sommes plus surpris que les tsadikim font attention à leur argent !
Mais il est clair que cette démarche doit être la plus parfaite, tel un funambule qui ne doit pas flancher. C’est pourquoi le tsadik devra penser à chaque moment si son attachement aux dépenses pour les mitsvot n’est en rien abîmé par un quelconque intérêt autre que celui d’accomplir le plus possible la volonté d’Hachem.
Et c’est sur ce point que l’ange d’Essav a voulu tester Yaacov. Au moment où il l’a vu retourner récupérer quelques fioles il a pensé à l’attaquer, profitant du brouillard dans l’esprit de Yaacov, occupé à ses affaires.
Le verset nous le dit bien à propos de la corruption qu’elle aveugle les sages même de la grandeur de Yaacov.
C’est là où l’on comprend que leur combat était avant tout idéologique et Yaacov réussit à prouver tout au long de la nuit qu’il était libre de tout soupçon quant à son approche de l’argent, connaissant l’ampleur des dégâts pouvant être causés à sa foi. Et la raison de ce combat jusqu’au matin est une allusion aux périodes sombres que pourrait traverser le peuple juif et la nécessité dans ces moments là de redoubler d’efforts pour ne pas salir notre foi car lorsque l’éclaircissement viendra avec le Machia’h tout sera limpide et notre engagement sera connu de tous, ici comme la haut.
Mais une cicatrice est restée de ce combat pour toute les générations futures. L’ange frappa Yaacov à la cuisse et de même que cet organe est caché ainsi les paroles de Torah sont considérées comme cachées. Nos sages expliquent que dans la mesure où l’homme laisse place à la cupidité, cette soif d’argent, sa capacité à approfondir ses connaissances en Torah sera limitée. Et de conclure que tout celui qui accomplit la Torah dans la pauvreté finira par le faire dans la richesse. Il s’agit d’une richesse spirituelle bien entendu car son investissement aura été complet. Et c’est ainsi que le roi David écrit dans les psaumes (119,71): « C’est un avantage pour moi d’avoir connu ta misère, pour mieux apprendre tes préceptes. » !!
Aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir accéder à une immensité de connaissances en Torah par tous les moyens de communications développés ces dernières années. Mais l’épreuve est là car nous sommes amenés à devoir fournir d’autres efforts pour mériter d’intégrer tout ce qu’on apprend en nous mêmes. On ne peut plus prétexter le manque de temps ou de connaissances pour se pencher vers l’infinité de la Torah mais il nous reste toujours à investir pour que notre corps soit un ustensile valable et étanche, capable de recevoir et ingérer ces connaissances qui agissent positivement sur notre équilibre. C’est notre mission en ce nouveau millénaire où les influences négatives à notre éthique juive n’auront cesse de vouloir enlever à notre peuple le plus précieux de ses biens !!!
Parachat Vayétsé – La prière de Yaacov
22 novembre 2009 at 19:39 | In vayetsé | Leave a CommentTags: abraham, berechit, Egypte, essav, eternel, harane, isaac, jacques attali, kli yakar, lavan, lea, prière, puit, rachel, torah, vayetsé, yaacov, Yossef
La paracha de Vayétsé traite du départ de Yaacov de sa maison natale vers Harane, suite aux menaces de mort proférées à son égard par Essav . Et à nouveau autour d’un puit (la Torah étant toujours associée à l’eau qui nous est vitale) eu lieu la rencontre émouvante avec Rachel. On connaît la suite, où Lavan son oncle et futur beau père lui inversa Rachel par Léa en prétextant qu’on ne marie pas la seconde avant l’aînée, et de ce fait Yaacov épousa ses deux cousines pour ainsi donner naissance aux douze tribus d’Israël. Mais auparavant il y eut le fameux rêve ou notre patriarche vit une échelle d’où montaient et descendaient des anges et comprit qu’il se trouvait dans un lieu saint. C’est alors qu’il fit une prière en ces termes: “Si le Seigneur est avec moi, s’il me protège dans la voie où je marche, s’il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir; si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi et cette pierre que je viens d’ériger en monument deviendra la maison du Seigneur et tous les biens que tu m’accorderas, je veux t’en offrir la dîme.” (La Genèse 28, 20-22)
Deux questions viennent à l’esprit en lisant cette prière de Yaacov:
Premièrement le verset raconte que déjà pendant son rêve l’Éternel lui affirma être avec lui et le protéger lors de ce voyage alors d’où vient le besoin de demander à nouveau alors qu’il n’y a déjà plus aucun doute ?
De plus, quel intérêt à prier particulièrement pour du pain et des vêtements, en exprimant le désir particulier de bénéficier – exceptionnellement – du Hessed divin alors qu’on récite tous les jours dans le Birkat hamazone le verset « Tu ouvres la main et rassasies avec bienveillance tout être vivant» ? (Les Psaumes 145,16)
En fait, il faut revoir en profondeur la teneur de cette promesse divine dans le rêve de Yaacov. L’Éternel s’adressa en ces termes: « Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: “Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis.” » (La Genèse 28,13-15)
Ce qui apparaît clairement c’est l’absence de promesse quant à la nourriture et aux vêtements. Ce qui démontre que dans la prière de Yaacov en se levant de ce rêve n’est pas un besoin d’être assuré d’avoir bien compris. Il faut donc comprendre qu’il ne s’agit pas d’une prière pour la sécurité physique mais plutôt spirituelle. Notre ancêtre savait la mauvaise influence que tentera d’exercer son oncle idolâtre sur lui et sa famille et c’est pourquoi il avait besoin d’être également rassuré sur ce plan métaphysique car sinon la mission était perdue d’avance.
À ce moment Yaacov, le plus parfait des trois patriarches, ayant bénéficié des conseils et de la sagesse de son père Isaac et son grand-père Abraham, mais surtout âgé de 75 ans et donc construit sur tous les plans par sa propre recherche de la vérité, cet hommes demande s’il ne perdra pas son chemin auprès de Lavan. Et c’est pourquoi sa prière pour le pain et l’habit exprimait surtout l’angoisse d’être mis à l’épreuve de la pauvreté ou de la richesse, car le surplus de confort matériel abîme également une personne. Donc il fallait du pain mais seulement « pour manger » et des vêtements « pour se vêtir » mais rien de plus !!!!!!!!
« si je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un Dieu pour moi» ce qui signifie que même si Hachem lui promettait dans ce rêve de le ramener en paix vers les terres familiales, il lui fallait être sûr que ça soit « la maison paternelle » avec la même intensité spirituelle, non pas seulement en paix physiquement !!!
Le message du célèbre commentateur ‘Kli Yakar’ est des plus limpide, à savoir que même si l’homme sur le point de subir un déracinement prierai plutôt pour la richesse et la Bera’ha dans l’abondance, pour ainsi survivre l’épreuve du périple, il est aussi important de prier pour trouver un équilibre sur le plan spirituel quelque soit la destination finale. Certaines personnes vont des fois au bout du monde pour leur survie matérielle et aujourd’hui c’est encore plus facile et abordable avec la révolution des transports, mais l’homme ne peut se dissocier des besoins spirituels qui font partie de lui. Malheureusement des gens fuient la France en prétextant l’antisémitisme mais oublient de regarder si lorsqu’ils arriveront en Israël, ils ne s’installeront pas loin des centres communautaires qu’ils avaient l’habitude de trouver près de chez eux. On pense que du fait d’être méritant rien qu’en foulant la terre d’Israël, le reste n’est déjà plus que secondaire. C’est faux car les forces d’opposition sont beaucoup plus évidentes en Israël tant il existe de définitions du judaïsme contemporain !!
C’est pourquoi les aspirations du Olé (l’immigrant) doivent être plus élevées sur le plan spirituel car ici le pain n’est que pour la survie ainsi que l’habit, l’économie reste inexplicable comme l’a déclaré à la Knesset Jacques Attali en 1976, la chemita (année de jachère) reste une source de bénédiction et n’a aucune explication rationnelle. Tout est fait pour nous interpeller sur les priorités à fixer dans notre vie pour réussir la conquête de la Terre Sainte.
Le message de nos ancêtre a toujours été durant tous leurs voyages racontés dans Béréchit, ce soucis de conserver l’identité de la famille juive qui naissait, et on retrouvera plus tard la déchirure lors de l’exil de Yossef en Égypte ce deuil de père ne sachant plus où son protégé trouverait la porte du spirituel loin de lui et lors des retrouvailles Yaacov de dire « Je puis mourir à présent, puisque j’ai vu ta face, puisque tu vis encore!» (La Genèse 46,30) car il avait senti que l’intégrité de son fils perdu était restée intacte malgré l’éloignement.
Puissions tous réussir à nous garder des influences négatives que le monde nos fait subir et ainsi, là où Hachem nous enverra, nous resterons Juifs dans le sens spirituel du terme !!!
Toldot – Yaacov a-t-il volé les bénédictions de son frère Essav?
20 novembre 2009 at 15:21 | In 1 | Leave a CommentLa paracha de Toldot relate le fossé séparant la personalité des deux frères jumaux issus de Isaac et Rivka, et ce depuis leur tendre enfance ainsi que l’enseigne le verset:
“Isaac implora l’Éternel au sujet de sa femme parce qu’elle était stérile; l’Éternel accueillit sa prière et Rébecca, sa femme, devint enceinte. Comme les enfants s’entre poussaient dans son sein, elle dit “Si cela est ainsi, à quoi suis-je destinée!” Et elle alla consulter le Seigneur. Le Seigneur lui dit: “Deux nations sont dans ton sein et deux peuples sortiront de tes entrailles; un peuple sera plus puissant que l’autre et l’aîné obéira au plus jeune.” L’époque de sa délivrance arrivée, il se trouva qu’elle portait des jumeaux. Le premier qui sortit était roux et tout son corps pareil à une pelisse; on lui donna le nom d’Ésaü. Ensuite naquit son frère tenant de la main le talon d’Ésaü et on le nomma Jacob. Isaac avait soixante ans lors de leur naissance. Les enfants ayant grandi, Ésaü devint un habile chasseur, un homme des champs, tandis que Jacob, homme inoffensif, vécut sous la tente. lsaac préférait Ésaü parce qu’il mettait du gibier dans sa bouche; mais Rébecca préférait Jacob. Un jour Jacob faisait cuire un potage quand Ésaü revint des champs, fatigué. Ésaü dit à Jacob: “Laisse-moi avaler, je te prie, de ce rouge, de ce mets rouge, car je suis fatigué.” C’est à ce propos qu’on le nomma Édom. Jacob dit: “Vends-moi d’abord ton droit d’aînesse.” Ésaü répondit: “Certes! Je marche à la mort; à quoi me sert donc le droit d’aînesse?” Jacob dit: “Jure le moi dès à présent.” Et il lui fit serment et il vendit son droit d’aînesse à Jacob. Jacob servit à Ésaü du pain et un plat de lentilles; il mangea et but, se leva et ressortit. C’est ainsi qu’Ésaü dédaigna le droit d’aînesse.” (La Genèse – 25,21-34)
Le second passage de la Torah qu’il nous faut expliquer se trouve juste deux chapitres plus loin:
“Il arriva, comme Isaac était devenu vieux, que sa vue s’obscurcit. Un jour, il appela Ésaü, son fils aîné et lui dit: “Mon fils!” Il répondit: “Me voici.” Isaac reprit “Vois, je suis devenu vieux, je ne connais point l’heure de ma mort. Et maintenant, je te prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc; va aux champs et prends du gibier pour moi. Fais m’en un ragoût comme je l’aime, sers-le moi et que j’en mange afin que mon cœur te bénisse avant ma mort. Or Rébecca entendit ce qu’Isaac disait à Ésaü son fils. Ésaü alla aux champs pour chasser du gibier et le rapporter. Cependant Rébecca dit à Jacob, son fils: “Ecoute; j’ai entendu ton père parler ainsi à Ésaü, ton frère: ‘Apporte-moi du gibier et apprête moi un ragoût que je mangerai et je te bénirai devant le Seigneur avant de mourir.’ Et maintenant, mon fils, sois docile à ma voix, sur ce que je vais t’ordonner: va au menu bétail et prends moi deux beaux chevreaux et j’en ferai pour ton père un ragoût tel qu’il l’aime. Tu le présenteras à ton père et il mangera; de sorte qu’il te bénira avant de mourir.” Jacob dit à Rébecca sa mère: “Mais Ésaü, mon frère, est un homme velu et moi je ne le suis pas. Si par hasard mon père me tâte, je serai à ses yeux comme un trompeur, et, au lieu de bénédiction, c’est une malédiction que j’aurai attirée sur moi!” Sa mère lui répondit: “Je prends sur moi ta malédiction, mon fils. Obéis seulement à ma voix et va me chercher ce que j’ai dit.” Il alla le chercher et l’apporta à sa mère. Celle ci en fit un mets selon le goût de son père. Puis Rébecca prit les plus beaux vêtements d’Ésaü, son fils aîné, lesquels étaient sous sa main dans la maison et elle en revêtit Jacob, son plus jeune fils; de la peau des chevreaux, elle enveloppa ses mains et la surface lisse de son cou, et posa le mets avec le pain, qu’elle avait apprêtés, dans la main de Jacob, son fils. Celui-ci entra chez son père, disant: “Mon père!” Il répondit: “Me voici; qui es tu, mon fils?” Jacob dit à son père: “Je suis Ésaü, ton premier né; j’ai fait ainsi que tu m’as dit. Viens donc, assieds toi et mange de ma chasse afin que ton cœur me bénisse.” Isaac dit à son fils: “Qu’est ceci? tu as été prompt à faire capture mon fils!” Il répondit: “C’est que l’Éternel ton Dieu m’a donné bonne chance.” Isaac dit à Jacob “Approche que je te tâte, mon fils, pour savoir si tu es mon fils Ésaü ou non.” Jacob s’approcha d’Isaac,son père, qui le tâta et dit: “Cette voix, c’est la voix de Jacob; mais ces mains sont les mains d’Ésaü.” Il ne le reconnut point, parce que ses mains étaient velues comme celles d’Ésaü son frère. Et il le bénit. Il dit encore: “Tu es bien mon fils Ésaü?” Il répondit: “Je le suis.” Il reprit: “Donne, que je mange de la chasse de mon fils afin que mon cœur te bénisse!” Il le servit et il mangea; lui présenta du vin et il but. Isaac son père lui dit: “Approche, je te prie et embrasse moi, mon fils.” Il s’approcha et l’embrassa. Isaac aspira l’odeur de ses vêtements; il le bénit et dit: “Voyez! le parfum de mon fils est comme le parfum d’une terre favorisée du Seigneur! Puisse-t-il t’enrichir, le Seigneur, de la rosée des cieux et des sucs de la terre, d’une abondance de moissons et de vendanges! Que des peuples t’obéissent! Que des nations tombent à tes pieds! Sois le chef de tes frères et que les fils de ta mère se prosternent devant toi! Malédiction à qui te maudira et qui te bénira soit béni!” (La Genèse 27, 1-29)
Ce qui nous met la puce à l’oreille est la réaction de Essav devant la ruse de son frère: “Ésaü dit alors: Est ce parce qu’on l’a nommé Jacob qu’il m’a supplanté deux fois déjà? Il m’a enlevé mon droit d’aînesse et voici que maintenant il m’enlève ma bénédiction!” (verset 36) Pourtant en lisant le témoignage détaillé de cette histoire dans la Torah nous observons clairement que la vente du droit d’aînesse à Yaacov a été sincère et sans rechinement de la part d’Essav. Néanmoins il nous reste à expliquer ce coup de maître réalisé par Rivka et Yaacov en dérobant les bénédictions qui, selon le texte étaient bien réservées à Essav: “Ton frère a usé de ruse et il a enlevé ta bénédiction.” (verset 35). Il s’agit ici surtout d’éclaircir un événement historique qui a malheureusement servi, tout au long de l’histoire juive, de prétexte aux différentes civilisations afin de nous accuser de tous les vices et ainsi, les nations ont pu délibérément nous oppresser et ce, jusque de nos jours.
La clé se trouve dans le Midrache relatant la vente d’Essav de son droit d’aînesse à Yaacov. Il est enseigné que Yaacov cuisina un plat de lentilles, qui par leur forme circulaire symbolisent le cercle de la vie où chaque être retourne en terre alors qu’Adam a été créé par cette dernière. En effet, Abraham venait de rejoindre l’autre monde et Essav comprenant la situation s’exclama: “Comment, même un saint homme comme notre grand-père a pu être atteint par la Midat Adin? Il n’y a pas de justice sur Terre!”
A priori, on ne peut que s’interroger sur la démesure de cette réaction car Abraham vécut 175 ans et quitta ce monde paisiblement ainsi qu’en témoigne clairement le verset: “Le nombre des années que vécut Abraham fut de cent soixante-quinze ans. Abraham défaillit et mourut, dans une heureuse vieillesse, âgé et satisfait; et il rejoignit ses pères.” (Béréchit 25,7-8) En fait il faut remonter à l’annonce de l’Eternel à Abraham que sa descendance endurera quatre cent ans d’exil ainsi que la Torah l’écrit: “ Le soleil étant sur son déclin, une torpeur s’empara d’Abram: tandis qu’une angoisse sombre profonde pesait sur lui. Dieu dit à Abram: “Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans. Mais, à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par moi; et alors ils la quitteront avec de grandes richesses.Pour toi, tu rejoindras paisiblement tes pères; tu seras enterré après une vieillesse heureuse. Mais la quatrième génération reviendra ici, parce qu’alors seulement la perversité de l’Amorréen sera complète.” (Béréchit 15,12-16)
Essav savait que cet exil ne pouvait commencer qu’après le décès d’Abraham et ce n’est seulement que ceux qui suivraient le chemin de vie du patriarche ayant révélé le monothéisme qui seront touchés par cet exil. C’est pour cette raison qu’Essav s’empressa de déclarer qu’il ne souhaitait plus être lié au destin de sa famille et repoussa d’un revers de main sa foi en la justice d’Hachem. Yaacov comprit à ce moment que l’heure était propice au rachat du droit d’aînesse de son frère, mais il présenta les choses de manière à ce que l’un comme l’autre soit gagnant. Il conseilla à Essav de ne pas aller si loin et rejeter sa foi en Hachem pour être épargné des mauvais décrêts sur la descendance d’Abraham, il suffit tout simplement de renoncer au droit d’aînesse. Ainsi, Yaacov sera donc l’héritier spirituel de son aïeul pour le meilleur mais surtout pour le pire à venir. Essav l’accepta le plus sincèrement en disant “”Certes! Je marche à la mort; à quoi me sert donc le droit d’aînesse?” et c’est donc la preuve que Yaacov n’a jamais été voleur mais au contraire il a débarrassé son frère d’un poids insoutenable.
En revanche l’épisode des bénédictions met en exergue de toute évidence une machination orchestrée par Rivka et Yaacov, avec brio tout de même. C’est pour cette raison que seule l’analyse profonde de cette histoire par nos Sages peut en réalité nous montrer une toute autre image de cet événement. Le Midrache encore nous révèle qu’en fait Yaacov ne voulait pas de ces bénédictions sachant qu’elles ne serviraient qu’à un homme beignant dans la matérialité. En effet, la rosée des cieux, les sucs de la terre, l’abondance de moissons et de vendanges ne sont que des obstacles à la recherche spirituelle qui était le leit motiv de Yaacov! Et c’est pour cette raison que Isaac souhaitait bénir Essav qui aurait certainement de quoi faire avec ces bénédictions. Du coup, lorsque Yaacov mentionna le nom divin “c’est que l’Éternel ton Dieu m’a donné bonne chance”, la réponse de son père fut dubitative: “Cette voix, c’est la voix de Jacob; mais ces mains sont les mains d’Ésaü.” Isaac ne comprenait pas comment se pouvait-il que son fils Essav puisse associer à ses réalisations l’Eternel.
C’est là qu’intervient la sagesse de Rivka! Elle ne souhaitait certainement pas orienter Yaacov vers la futilité du matérialisme, encore moins enlever la raison de vivre de son autre fils, Essav. Elle voulut tout simplement faire en sorte que Yaacov demeure à jamais le maître des lieux et que Essav ne reçoive pas son bonheur et sa richesse directement des mains d’Hachem, mais plutôt de celles de son frère. Et quel aurait été l’avantage de tout celà si en fin de compte Essav serait celui qui récolterait les fruits? Yaacov posa cette question à sa mère qui lui répondit par cette alégorie. Le Midrache à propos du verset suivant: “prends moi deux beaux chevreaux” nous enseigne: beaux pour toi et beaux pour tes enfants; beaux pour toi car grâce à eux tu prendras les bénédictions, et beaux pour tes enfants car ce sont eux qui permettront le pardon des fautes de tes enfants le jour de Kipour “ Aaron tirera au sort pour les deux boucs: un lot sera pour l’Éternel, un lot pour Azazel” (Le Lévitique 16,8).
Quel est le rapport entre les deux beaux chevreaux et les deux boucs de Yom Kipour?
Le Bet Halévi nous éclaire d’un enseignement extraordinaire, une leçon de vie d’après la Torah qu’on se doit tous d’avoir continuellement à l’esprit! Rivka a souhaité transmettre à Yaacov par allusion que malgré le fait que les bénédictions de Isaac concernent la vie matérielle, cette dernière peut être vécue en harmonie de deux manières.
La première: “un lot pour l’Eternel”, ce qui signifie que la richesse peut aider l’homme a accomplir encore mieux les mitsvot tant qu’elle ne devient pas un but mais reste un moyen.
La seconde: “un lot pour Azazel”, on sait tous que le bouc Azazel devait être envoyé dans le désert comme le dit le verset: “Et le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une contrée solitaire, et on lâchera le bouc dans ce désert.” (Le Lévitique 16,22). Nos Sages nous expliquent qu’il s’agit d’un lieu où les forces d’impureté sont dominantes et la raison pour laquelle ce bouc devait mourir précisément à cet endroit est qu’afin que mêmes les impies puissent puiser leur ressources de cet endroit et vivre ainsi toute l’année à venir. Donc par ricochet, du fait que les Bnei Israël acceptent de céder une partie de ce qui leur revient aux impies, Hachem accepte aussi le pardon de leur fautes!
Telle était la leçon de Rivka! Il vallait mieux pour Essav de recevoir les plaisirs de ce monde par les mains de Yaacov qui les lui cède volontiers, et ainsi les enfants de Yaacov, appelé aussi Israël, pourront faire expier leur fautes chaque année jusqu’à la venue du Machia’h, souhaitons le plus vite possible! Même si à cause de cette manipulation orchestrée par Rivka, le peuple Juif n’a cessé d’être poursuivi et accusé de malhonneteté, celà vallait le coup car ce dernier a obtenu la possibilité de connaître le pardon d’Hachem chaque année et ainsi avoir le privilège de durer éternellement en portant le projet divin à jamais!
Hayé Sarah – Le premier regard est déterminant
10 novembre 2009 at 16:07 | In Hayé Sarah | Leave a CommentTags: abraham, Akéda, Akéda d’Isaac, ange, Aram Naharïm, béra’hot, Canaan, chidou’h, Eliezer, essav, eternel, hachem, Hagar, Hayé Sarah, isaac, Netsiv de Volozine, paracha, parachiyot, prière, rachel, Rivka, Sarah, serviteur, stérilité, torah, yaacov, Yichmaël
La Paracha de cette semaine traite des événements survenus après la Akéda d’Isaac, ce sacrifice évité de justesse évoqué dans la paracha précédente, la mort de Sarah qui n’a pas supporté l’épreuve de la Akéda et surtout le premier chidou’h (rencontre organisée à deux êtres afin de les marier) évoqué dans la Torah, celui d’Isaac et Rivka.
Le verset nous raconte (La Genèse – Chapitre 24) la demande formelle d’Abraham à son serviteur dévoué Eliezer d’aller rejoindre les membres de la famille de son maître à Aram Naharïm et chercher une fille pour Isaac car les filles de Canaan, où Abraham s’est installé, n’étaient pas vertueuses. La prière du serviteur étant exhaussée, le voici en présence de Rivka qui lui offre à boire ainsi qu’à ses chameaux au bord du ruisseau. Ce dernier impressionné par tant d’attention et de pudeur l’invite à l’amener chez ses parents qui acceptent tout de suite de la lui confier pour la présenter à Isaac.
Mais voilà que sur le chemin du retour Rivka aperçoit un homme en train de prier alors que le soleil se couchait sans savoir encore que ce dernier était sa destinée. Le Midrache raconte que le choc visuel la fit tomber du chameau et lorsque Eliezer lui annonça qu’elle venait de tomber sur l’homme de sa vie elle prit son châle et se recouvrit.
Si Hachem a rédigé la Torah de cette manière en abondant de détails sur cette rencontre c’est qu’il nous incombe de comprendre cet événement qui détermina la base du relationnel entre ce couple exceptionnel.
Si on le compare aux autres de la famille comme Abraham et Sarah, Yaacov et Ra’hel, on s’aperçoit que les autres étaient beaucoup plus directes dans leur dialogues. En effet, lorsque Sarah s’aperçut que Yichmaël était d’une mauvaise fréquentation pour Isaac elle ordonna à son époux de le renvoyer ainsi que sa mère Hagar. Le ton était donné et l’Eternel rassura Abraham en lui disant que sa femme avait vu juste. (La Genèse – Chapitre 21)
De même lorsque Ra’hel désespera du fait de sa stérilité, elle supplia Yaacov de lui donner des enfants et lui reprocha de ne pas prier comme son père l’avait fait pour Rivka. (La Genèse – Chapitre 30)
Alors que si on suit les versets des parachiyot suivantes on remarque que Rivka a toujours agi de manière discrète et n’a jamais reproché à son époux l’échec dans l’éducation de Essav, si bien que lorsqu’il fut question des béra’hot avant le décès de Isaac, elle arrangea tout de manière à ce que son fils préféré Yaacov les reçut à la place de son frère ainé sans que son mari s’aperçoive du stratagème.(La Genèse – Chapitre 27)
Le Netsiv de Volozine nous enseigne que la raison de tout ça remonte à l’origine de cette rencontre lorsqu’elle a vu cet homme prier et le considéra comme un ange. En se mariant avec lui elle resta sur cette forte impression et ne put jamais l’affronter directement tant elle l’admira et le vénérait. Mais Hachem avait prévu tout ceci, car grâce à ce trait de caractère qui ne la quitta jamais elle ne put éviter la déchirure entre ses deux fils et la rage d’Essav qui jura de tuer son frère après la mort d’Isaac.
Essav est le père de la civilisation grecque qu’on retrouve aujourd’hui dans l’Occident. Cet antisémitisme qui se répercute de générations en générations puise sa source en cette déchirure des deux héritiers d’Isaac provoquée, inconsciemment certes, par Rivka n’osant pas affronter son mari pour lui dire que Yaacov méritait plus ses bénédictions qu’Essav l’aîné.
On voit comment D.ieu planifie l’histoire du monde et les conséquences sur l’humanité qu’on explique à l’origine par les patriarches et leurs épouses, acteurs principaux de l’avenir du monde par leurs actes et leurs traits de caractères, permettant de fixer la donne de l’humanité jusqu’à la fin des temps.
Vayéra – Le sacrifice d’Isaac: L’épreuve authantifiant la vie d’Avraham
6 novembre 2009 at 12:11 | In Vayéra | Leave a CommentLa paracha de la semaine évoque la akedate Its’hac (sacrifice d’Isaac), sujet clé de la Torah. La dernière épreuve (nissayone) d’Avraham Avinou. Qu’a été la akédate Its’hac, qui joue un rôle déterminant jusqu’à aujourd’hui ? Pour preuve, nous évoquons son souvenir et son mérite les jours les plus solennels de l’année, c’est-à-dire durant Roch Hachana ainsi que Yom Kippour.
Hachem s’adresse à Avraham, vers la fin de notre paracha : « Il arriva, après ces faits, que Dieu éprouva Abraham. Il lui dit: “Abraham!” Il répondit: “Me voici.” Il reprit “Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac; achemine-toi vers la terre de Moria et là offre-le en holocauste sur une montagne que je te désignerai.” » (chapitre 22, 1-2). Rachi commente: “de grâce (mon) fils, surmonte cette (dernière) épreuve pour ne pas que les gens disent que les précédentes ne valaient rien”. Pourquoi les gens pourraient-ils penser une telle chose ? Est-ce que le fait qu’un élève échoue à son dernier examen, signifie que la réussite à tous les précédents n’étaient pas significative, cet échec remettrait alors en cause tout son niveau ?
Quelques versets plus loin, au terme de cette épreuve: “Il reprit: “Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal! car, désormais, j’ai constaté que tu honores Dieu, toi qui ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique!” (22,12).
Rachi d’expliquer: désormais, je sais quoi répondre au Satan, et aux Nation qui s’étonneront de l’amour que je te porte. La raison que je donnerai est qu’ils voient que « tu crains l’Eternel » (midrache Tanh’ouma Vayéra 46). Comment comprendre cette allégation ? Elle sous-entend alors que jusqu’à présent toutes les épreuves qu’Avraham avait surmontées ne prouvaient rien quant à son attachement à Hachem ; ce n’est que cette ultime épreuve qui a vérifié l’intégrité d’Avraham. C’est incroyable et tout à fait surprenant.
Le Rav Eliaou LOPIAN rapporte au nom du Saba de Kellem des réponses à ces questions. Toutes les épreuves jusqu’à celle-ci avaient été des épreuves très dures, mais toutes laissaient place à l’esprit et à l’intelligence, à la compréhension. On pouvait y voir une défense des idées d’Avraham, qui s’engageait pour une cause en laquelle il croyait. Dans Our Kasdim par exemple (épisode où NIMROD, roi de l’idolâtrie l’a jeté dans la fournaise ardente), c’était une lutte de la foi et la rercherche de la vérité, contre l’hérésie qui est provoquée et justifiée par la recherche des passions et des pulsions, par l’envie de servir sa propre volonté. Quand l’esprit se renforce et prend le dessus sur le corps, alors on parvient à surmonter l’épreuve.
Tout homme qui a étudié comprend que sans l’étude nous ne sommes pas des hommes au sens où la Torah l’entend, c’est-à-dire un être capable de se dominer. Le Midrache nous enseigne que « La sagesse des peuples, tu peux t’en inspirer et y croire, mais la Torah (façon de se conduire) des Nations, n’y crois pas ». Il y avait des philosophes, des génies dans le passé, dont Socrate (que le Rambam qualifiait d’homme le plus savant des Nations) qui allaient contre l’idolâtrie. Il a été jugé, on l’a condamné à revenir sur ses paroles prononcées publiquement, à savoir que le concept de Divinité Grecque n’était qu’une chimère, il a dit aux juges « si vous souhaitez me tuer, tuez moi ». « Je suis prêt à mourir, même à boire un verre de poison ». Il aurait pu être acquitté de son accusation en renonçant à ses déclarations mais son esprit l’aavait élevé à un très haut niveau. A l’instar d’Avraham, dans l’épisode de la fournaise, où le Roi Nimrod lui demanda soit de renoncer à la Torah, soit d’entrer dans le feu, il préféra mourir dans la vérité plutôt que de vivre dans le mensonge. A priori, on voit que même des arabes sont capables de se faire exploser pour défendre leurs idées.
Avraham durant toutes ses épreuves allait donc d’après son intellect et d’après les idées qu’il défendait. Le Satan l’attaquait, mais à l’instar de Socrate, il parvenait à le combattre par la force de ses convictions. Socrate a mis à mal la mythologie Grec, il ne s’est pas repenti pour autant, et n’a pas trouvé le chemin de la vérité, à l’inverse d’Avraham qui a réduit à néant le bien fondé de l’idolâtrie et à découvert un nouveau sentier qui menait à la vérité, de la Majesté d’Hachem dans le monde. Pour eux, la vérité valait plus que la vie.
La dernière épreuve d’Avraham, le sacrifice de son fils, était aux antipodes de ses convictions, et de sa compréhension. De tout temps, Avraham allait de ville en ville de pays en pays, pour implorer les gens d’abandonner leurs mauvais chemins, il véhiculait les valeurs d’amour et de miséricorde. Il scandait des slogans, « L’Eternel est bon pour tous, sa pitié s’étend à toutes ses créatures» (Psaumes 145,9). Il a ramené des milliers d’adeptes à la Torah. Qu’allait il répondre, à cette pléiade de fidèles, lorsqu’il allait commettre un acte semblant proche de l’idolâtrie, et prenant à revers son combat de toute une vie ? Les gens se détourneraient à coup sûr du chemin qu’il leur avait enseigné. Le Satan est venu lutter contre Avraham avec cet argument quasi irréfutable. Quelle profanation du Nom de d’Hachem, pour celui qui a passé sa vie à Le sanctifier !!!
A quoi cela ressemble lui disait le Yetser ara ? A un Roi qui avait confié l’éducation de ses enfants, à son meilleur ministre. Il a donné à cet éducateur une épée pour qu’il sacrifie les enfants du Roi. L’éducateur a dit « je préfère que le Roi me tue, plutôt que de tuer les enfants du Roi ».
Par ailleurs, Avraham aurait pu dire à Hachem, « tu m’as dit hierque Isaac allait être mon héritier, tu me dis aujourd’hui de le sacrifier ? Nous sommes là pour faire le kidouch Hachem dans le monde, maintenant tu me demandes de commettre le pire Hiloul Hachem »?
Avraham a répondu, « tu as raison Satan, tes questions sont justes, mais Hachem te répondra, s’Il me l’a demandé je ne discute pas sa Volonté et ses ordres ». Avraham n’a pas posé ces questions logiques avant l’accomplissement de la Volonté Divine, il s’est inscrit dans la doctrine qui a valu au peuple d’Israël d’être le peuple élu; « Nous ferons et nous comprendrons ».
Hachem alors lui dit : « Je sais maintenant que tu Me crains » ce n’est pas seulement d’amour dont on parle ici, c’est de la crainte, de ne pas bouger devant les paroles d’Hachem. Maintenant Je sais quoi répondre aux nations et au Satan. Avant Je ne savais pas répondre, parce que les peuples sont capables de défendre leurs idées de cette façon extrême et entière. Mais Avraham a montré ce que personne n’était capable de faire, d’annuler son intellect et ses idées, devant la Volonté d’Hachem, de sacrifier toute sa vie et son travail pour accomplir la volonté d’Hachem. Cette épreuve a dévoilé que toutes les précédentes, bien qu’apparemment en phase avec la Volonté d’Avraham et ses idées, avaient été surmontées pour accomplir la Volonté d’Hachem, c’est pourquoi cette dernière épreuve est le dévoilement et le sceau de l’intégrité, du dévouement et de la sincérité d’Avraham. Nous percevons ici l’importance et la puissance de la Crainte du Ciel qui fait toute la différence entre Avraham et Socrate, entre Israël et les Nations.
Dans le Chapitre 20 verset 3: « Le Seigneur visita Abimélec dans un songe nocturne et lui dit: “Tu vas mourir, à cause de cette femme que tu as prise (Sarah) et qui est en puissance de mari.” »… Au petit matin il raconte à ses serviteurs ce qu’Hachem lui a dit, il était dans la peur et la crainte. Il avait foi en Hachem et réprimanda Avraham Avinou, de ne pas lui avoir dit qu’il était le mari de Sarah, et c’était en toute ignorance qu’il s’était permis de convoiter. Seul Avimelekh parlait. Il n’est pas mentionné dans la Torah ce qu’Avraham a répondu. Avimelekh lui a redemandé plus loin la même chose. Avraham devant le roi, ne répondait pas malgré les réprimandes.
Avraham n’a répondu que lorsque le Roi le lui a demandé expressément. Il a alors révélé les motifs pour lesquels il fit passer Sarah pour sa sœur. «Abraham répondit: “C’est que je pensais: Pour peu que la crainte de Dieu ne règne pas dans ce pays, ils me tueront à cause de ma femme.”(20,11).
Rachi explique, généralement quand quelqu’un est de passage dans une ville, on a coutume de lui demander ce qu’il souhaite manger ou boire, mais ici, on a demandé à Avraham des questions sur la femme qui l’accompagnait, ce qui dévoilait les mauvaises mœurs de ce peuple, à qui il dut voiler la vérité.
Le Rav Yamine TOLEDANO, grand talmudiste de Bné Brak, a commenté l’analogie entre l’évocation de la CRAINTE du Ciel dans cette paracha, une fois concernant Avraham, de façon positive, et une fois concernant le peuple du Roi Avimelekh de façon négative. Il a déduit de celle-ci, que lorsqu’on n’a pas de Crainte du Ciel, on peut en venir à tuer, c’est donc, que lorsque Hachem, atteste sur Avraham qu’il a à présent la Crainte du Ciel, c’est qu’il témoigne à cet instant, qu’Avraham ne pourra jamais tuer, puisqu’il est dominé par la Volonté d’Hachem, et non pas par ses passions et ses pulsions qui pourraient lui dicter une conduite abjecte, comme celle qu’il reprochait au peuple d’Avimelekh.
En 1937, Rav Elkhanane WASSERMAN Zatsal, était à Berlin pour collecter des fonds pour la yeshiva ; Rav Yehiel Yaacov WEINBERG, Rosh Yeshiva de Berlin lui a demandé de donner un cours de pensée juive, comme celui que nous sommes en train de partager. Rav WOLF, fondateur des séminaires pour les jeunes filles à Bné Brak, a entendu cette histoire, il faisait parti des élèves présents. C’était la semaine de la paracha de Vayéra. Rav WASSERMAN expliqua quelle était la discorde entre Avraham et Avimelekh. Il illustra son propos, par une comparaison avec la génération dans laquelle il vivait.
« Berlin, est la ville la plus élevée du point de vu de l’intelligence, de la science, de l’éducation, de la technologie… Il manque juste une chose : la Crainte du Ciel. S’il n’y a pas de crainte du Ciel, rien ne pourra tenir. Les passions et pulsions prendront le dessus, on pourrait se convaincre qu’une femme est veuve, pour se permettre de la convoiter ». Rav Elkhanane a alors déclaré contre toutes attentes et contre toutes les impressions, qu’il n’y avait pas de Crainte du Ciel (c’est-à-dire de conscience qu’on devra rendre des comptes à Hachem), et que par conséquent, que l’Allemagne commettrait un jour les pires crimes au monde. Certains le contestèrent, mais les années illustrèrent malheureusement ses propos visionnaires. La Seconde Guerre Mondiale a été le théâtre odieux de ce que l’homme civilisé et instruit a pu faire à l’homme, en lui ôtant sa condition d’homme.
Comme nous le citions précédemment, il ne faut pas croire en la Torah des peuples. L’homme doit certes marcher avec intelligence, (sinon il ne vaut pas plus qu’un animal), mais il faut l’assujettir à la Volonté d’Hachem qui doit prédominer. C’est uniquement par le biais de la Crainte du Ciel qu’on peut y parvenir.
Nombreux sont les fous capables de se faire exploser au milieu de populations civiles innocentes, parce que considérées comme ennemies, les kamikazes Japonais aussi furent l’illustration de l’apologie de la mort à des fins patriotes, pour défendre des idéologies. Mais prendre l’idéologie et l’assujettir à tout prix à la volonté d’Hachem (HALAKHA) sans comprendre, sans bouger, c’est trop difficile, c’est pourtant cela la Crainte du Ciel. Avraham a refléchi avec son esprit mais il s’est élevé pour accomplir la volonté d’Hachem, même lorsque celle-ci semblait aller à contre courrant de ses idées. C’est la grandeur de l’homme qui cherche a annuler sa volonté devant la Volonté d’Hachem, comme le Pirkei Avot nous y exhorte, c’est ainsi qu’on accomplit toujours le Dvar halakha (la loi de la Torah), en se convainquant que « il n’y a pas de sagesse et d’issue en dehors d’Hachem ».
Pour illustrer cet adage, la Guémara dit en substance la chose suivante: imaginons que le soir du mariage, le marié est paré d’un pantalon contenant du chaatnez (mélange de lin et de laine, interdit formellement par la Torah ; des laboratoires permettent de faire analyser la composition du vêtement, qui n’est souvent pas apparente sur l’étiquette). Un Rav expert dans l’analyse s’en aperçoit au mauvais moment. Il doit l’enlever sur place devant les caméras. C’est la halakha, même dans la rue. De même, si des cohanim sont au mikvé et qu’un d’entre eux, meurt subitement, les autres doivent courir pour sortir du Mikvé, tout nu, afin de ne pas contracter l’impureté transmise par le mort, lorsqu’il se trouve dans la même pièce que les cohanim. Imaginez ces scènes ! Combien elles sont difficiles à concevoir, combien on pourrait se dire, que ce n’est pas poli, ni civilisé, que c’est extrême, et pourtant c’est la volonté du Tout Puissant, celui qui l’accomplit montre par là sa Crainte du Ciel.
De même, si quelqu’un nous parle pendant le kaddish, on ne doit pas répondre, même si on passe pour un fou. C’est à ce sujet que notre Sainte Torah nous enseigne, « mieux vaut passer toute sa vie pour un fou aux yeux des hommes, qu’une seule seconde devant l’Eternel ».
Le juif doit savoir qu’il n’y a pas de compromis avec la Torah, lorsqu’on nous dit qu’on ne doit pas faire la bise à une femme, ou encore pire à sa tante, ou qu’on ne doit pas lui serrer la main, le Yetser ara nous attaque en nous disant que ce n’est pas logique… on coupe alors la Torah à sa mesure et pratique la religion à la carte. Ce type de juifs en Israël est appelé Massorati traditionaliste on traduit ce terme par le mot « scie ». C’est-à-dire qu’ils se munissent d’une scie pour façonner la Torah à leur guise. Le Rav KAPLAN racontait qu’une femme un jour lui avait confié, qu’elle avait dû un chabbat appeler les secours pour une raison de Pikouah’ nefesh (question de vie ou de mort). Lorsque le Rav lui a demandé si la personne s’en était bien sortie, la femme lui a répondu, que D.ieu merci le chien était sain et sauf. Où va-t-on ? On voit ainsi comment les rues sont devenues.
Tous les enfants d’Israël que nous sommes, voulons être bénéficiaires du mérite éternel du sacrifice d’Isaac. Quand on ne sait pas ce que l’on doit faire, il faut questionner des rabanim, qui nous disent ce qu’Hachem attend de nous. Dans notre génération on ne sait pas ce qu’on va devenir. Notre survie réside dans le fait de nous renforcer dans le respect du Choulkhan Aroukh (recueil des lois juives). Celui qui vit ainsi recevra la protection d’Avraham Avinou, qui le défendra du Ciel.
Qu’on puisse se renforcer dans la foi en Hachem et en nos maîtres, celle-ci qui nous sauvera lorsque viendra le Machia’h, que ce soit de nos jours, au plus vite, dans la téchouva et dans la joie. Amen.
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