Chela’h le’ha – La perception tragique des explorateurs

12 juin 2009 at 13:52 | In Chela'h le'ha | Leave a Comment
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La paracha traîte en détail le douloureux épisode des explorateurs envoyés par Moché Rabeinou afin de décrire la Terre promise et rassurer le peuple Juif s’apprêtant à la conquérir. Mais par l’amplification exagérée de la description, ils découragèrent cette population apeurée: “Mais il est puissant le peuple qui habite ce pays! Puis, les villes sont fortifiées et très grandes, et même nous y avons vu des descendants d’Anak! Amalec habite la région du midi; le Héthéen, le Jébuséen et l’Amorréen habitent la montagne, et le Cananéen occupe le littoral et la rive du Jourdain. Caleb fit taire le peuple soulevé contre Moïse, et dit: “Montons, montons-y et prenons-en possession, car certes nous en serons vainqueurs! Mais les hommes qui étaient partis avec lui, dirent: “Nous ne pouvons marcher contre ce peuple, car il est plus fort que nous”. Et ils décrièrent le pays qu’ils avaient exploré, en disant aux enfants d’Israël: “Le pays que nous avons parcouru pour l’explorer est un pays qui dévorerait ses habitants; quant au peuple que nous y avons vu, ce sont tous gens de haute taille. Nous y avons même vu les Nefilîm, les enfants d’Anak, descendants des Nefilîm: nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux.” (Les Nombres – Chapitre 13, 28-33)

Moché se tourna vers Hachem et tenta d’apaiser sa colère suite au désaveu de son peuple: “Maintenant donc, de grâce, que la puissance d’Adonaï se déploie, comme tu l’as déclaré en disant: “L’Éternel est plein de longanimité et de bienveillance; il supporte le crime et la rébellion, sans toutefois les absoudre, faisant justice du crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération.”Oh! Pardonne le crime de ce peuple selon ta clémence infinie, et comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Egypte jusqu’ici!” L’Éternel répondit: “Je pardonne, selon ta demande. Mais, aussi vrai que je suis vivant et que la majesté de l’Éternel remplit toute la terre, tous ces hommes qui ont vu ma gloire et mes prodiges, en Egypte et dans le désert, et qui m’ont tenté dix fois déjà, et n’ont pas obéi à ma voix, jamais ils ne verront ce pays que j’ai promis par serment à leurs aïeux; eux tous qui m’ont outragé, ils ne le verront point! Pour mon serviteur Caleb, attendu qu’il a été animé d’un esprit différent et m’est resté pleinement fidèle, je le ferai entrer dans le pays où il a pénétré, et sa postérité le possédera. Or, l’Amalécite et le Cananéen occupent la vallée: demain, changez de direction et partez pour le désert, du côté de la mer des Joncs.” (Les Nombres – Chapitre 14, 17-25)

Et c’est ainsi que la destinée des Hébreux bascula soudainement, Hachem les fit traverser le désert durant quarante ans afin que seule, la future génération puisse entrer en Israël, celle qui n’aura pas fauté avec les explorateurs. Si on observe les derniers versets, on constate que l’Eternel emploie plusieurs fois le terme de vision: “tous ces hommes qui ont vu ma gloire et mes prodiges…jamais ils ne verront ce pays que j’ai promis par serment à leurs aïeux; eux tous qui m’ont outragé, ils ne le verront point!” Il apparaît clairement une relation de cause à effet relative au fait de voir. Quel est le sens de cette faute et de la punition par la vision?

Lors de l’épisode du don de la Torah au Mont Sinaï, le verset témoigne à nouveau de la vision des Bnei Israël: “Or, tout le peuple fut témoin de ces tonnerres, de ces feux, de ce bruit de cor, de cette montagne fumante et le peuple à cette vue, trembla et se tint à distance.” (L’Exode – Chapitre 20,14) Il nous faut comprendre la raison pour laquelle Hachem fit ce miracle où son peuple fut capable de voir les tonnerres, pas seulement les entendre!

La différence entre voir et entendre est comme le jour et la nuit: le sens de l’ouïe est un réceptacle du pan spirituel chez l’homme. En effet, les sons perçus par l’oreille sont traduits en messages par le cerveau qui, grâce à l’imagination, donnera une image matérielle précise. En revanche, le sens visuel permet aux hommes de percevoir directement le matériel et c’est à ces derniers de transcrire la vision en message. Evidemment que tout ceci est limité; celui qui voit ne pourra jamais décrire sa vision parfaitement, de même que celui qui écoute la description de tel ou tel objet ne pourra jamais l’imaginer aussi bien que celui qui le voit réellement.

Le don de la Torah était un événement spirituel à cent pour cent et de ce fait, les yeux ne pouvaient pas percevoir ne serait-ce qu’un seul moment de ce qui se passait. Seules les oreilles ont entendu et transmis les sons au cerveau, mais si Hachem n’avait pas fait ce miracle où les yeux ont pu voir les sons des tonnerres, le don de la Torah n’aurait pas été parfait dans le sens où les cinq sens n’auraient pas perçu l’événement dans son entité ! C’est pourquoi dans notre paracha Hachem rappelle que “tous ces hommes qui ont vu ma gloire et mes prodiges, en Egypte et dans le désert, et qui m’ont tenté dix fois déjà, et n’ont pas obéi à ma voix, jamais ils ne verront ce pays que j’ai promis par serment à leurs aïeux; eux tous qui m’ont outragé, ils ne le verront point!” L’Eternel nous enseigne ici que ceux qui ont vu ce que la vision humaine ne peut percevoir et n’ont pas gravé dans leur mémoire cette image surréalistes de la perception des sons, ne peuvent pas ambitionner au privilège de fouler le sol de la Terre Sainte et c’est justement pour cela qu’ils ont fauté avec les explorateurs. Cette fameuse Terre où coule le lait et le miel, c’est-à-dire recélant des trésors naturels et pouvant apporter à ses habitants une richesse matérielle sans limites, est source de dangers pour celui qui y entre sans préparation antérieure. Pourquoi? Tout simplement parce que toute terre conquise doit être déffrichée, travaillée, afin de devenir viable, l’homme doit construire des routes, des villes, des ponts, il doit aussi gérer l’économie, etc… Non seulement ce sont des choses qui poussent l’homme à agir de part sa nature, mais surtout ce sont des éléments essentiels à  tout pays en construction. Le danger ici est que ces devoirs impératifs sur le plan matériel occulteront la dimension spirituelle d’Erets Israël, la Torah sera mise au rebus. C’est pourquoi Hachem rappelle l’événement du don de la Torah dans le livre de Dévarim: “Mais aussi garde-toi, et évite avec soin, pour ton salut, d’oublier les événements dont tes yeux furent témoins, de les laisser échapper de ta pensée, à aucun moment de ton existence! Fais-les connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants!” (Le Deutéronome – Chapitre 4,9) Celui qui était présent à ce moment et qui a vu les tonnerres, a intégré en lui la Torah comme étant palpable, perceptible, et autant essentielle que la construction matérielle du pays, voire même comme étant la seule chose réellement concrète et tout le reste n’est qu’illusion. Cet homme aura compris qu’il faut tout d’abord se soucier des infrastructures liées à la Torah avant d’engager les travaux de la terre d’Israël!

Celui qui ‘voit’ aujourd’hui encore la ‘gloire d’Hachem’ avec la même intensité que ses ailleux au Mont Sinaï pourra observer la Terre Sainte avec la vision et la proportion adéquates. En revanche celui qui ne la voit pas avec ces mêmes yeux, pour lui la vision de cette terre est un danger: “eux tous qui m’ont outragé, ils ne le verront point!” Rav Chimchone Raphael Hirsh nous révèle ici la juste vision qu’il nous faut avoir quant à ce petit pays tant convoité par nos ennemis. C’est une ambition d’élevation spirituelle uniquement qui nous garantira la pérénité de notre peuple en sa terre.

 A l’heure où l’Occident comme l’Orient nous ordonne pratiquement de partager ce pays et sa ville sainte de Jérusalem, il nous incombe de nous renforcer idéologiquement et à  réfléchir au sens que nous voulons donner à  nos vies sur cette terre bénie d’Hachem et qui ne peut supporter l’abomination quotidienne qui est générée sur son sol! Ainsi, les nations du monde reconnaîtront l’exclusivité du peuple Juif sur sa terre et par cela, l’unicité du Maître du Monde dans l’univers !

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