Michpatim – Les oreilles écoutent pour les générations futures
7 février 2010 at 17:18 | In Michpatim | 2 CommentsLa Paracha de Michpatim relate la liste des commandements enseignés aux Hébreux suite au don de la Torah au Mont Sinaï et l’on est tout de suite interpellé par la première Mitsva qui parle de l’esclave juif qui, suite au vol qu’il a commi et n’a pas les moyens de rembourser, se voit obligé de passer six ans à servir le propritaire afin d’expier sa faute. Mais si ce dernier souhaite prolonger sa servitude au-delà de cette durée, le verset raconte: « Que si l’esclave dit: « J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas être affranchi », son maître l’amènera par-devant le tribunal, on le placera près d’une porte ou d’un poteau; et son maître lui percera l’oreille avec un poinçon et il le servira indéfiniment. « (L’Exode 21,5-6).
Rachi explique ces versets par l’enseignement suivant de Rabbi Yo’hanan ben Zakaï : ‘cette oreille a entendu au Mont Sinaï « Tu ne voleras pas » et pourtant cet homme est quand même parti voler, et bien elle sera percée.’
Deux questions s’imposent: Si l’on considère que seules les âmes des Bnei Israel étaient présentes au Mont Sinaï, comment peut-on accuser cet organe auditif de ce voleur qui naquit des centaines d’années, et le comparer aux hommes présents physiquement lors de la révélation extraordinaire d’Hachem? De plus, pourquoi s’en prendre aux oreilles qui ne sont que des transmetteurs de sons au cerveau, alors que c’est ce dernier qui commande l’action de l’être humain?
Rav Haïm Shmoulevits dans son livre Si’hot Moussar nous indique que cet actium de base qui voudrait que l’oreille ne soit qu’un organe musculaire transmettant au cerveau les sons de notre environnement est bel et bien erroné. En fait, il faut comprendre d’ici que chaque organe a une source spirituelle reliée au Nefesh de l’homme et c’est pour cela que l’oreille est mise en cause. Le roi David écrit dans les Psaumes cette allégorie: « J’ai médité sur mes voies, et ramené mes pas vers tes statuts. (119,59) ». Les Sages de commenter: David s’écria devant Hachem « Tous les jours je méditais et décidais d’aller à tel endroit, mais mes pieds me dirrigeaient vers les synagogues et lieux d’études ».
C’est à dire que malgré la nécéssité de régler tel ou tel problème, David Hamélè’h était commandé par ses pieds qu’il avait habitué des années auparavant à se dirriger vers les lieux de prière. Cette habitude a fait que ses pieds se transformèrent en entité spirituelle, en un membre inséparable de sa racine spirituelle, capable d’agir indépendament des autres organes jusqu’au point de diriger le roi David à une autre destination que celle souhaitée.
Mieux encore, cette force spirituelle ne disparait pas avec la personne, elle se transmet de père en fils, de génération en génération. Ce qui nous indique également que dans le sens contraire, si jamais le père influence négativement ses membres, en les utilisant pour agir d’une façon interdite, ces derniers influenceront dans le mauvais sens ses propres descendants.
‘Cette oreille qui a entendu au Mont Sinaï’, il est claire que ce n’est pas la même oreille qui a écouté les paroles de l’Eternel, mais sur le plan spirituel l’oreille du fauteur reflète celle de son ancêtre qui a entendu les Dix commandements. Si son oreille ne l’a pas empêché de voler, c’est qu’il y a eu une détérioration spirituelle de cet organe. C’est la raison pour laquelle au bout de six ans, si jamais l’esclave souhaite rester encore chez son maître on lui poinçonne l’oreille car cela signifie qu’il n’a rien compris et que pour corriger le déaut spirituel de cet organe, il faut agir physiquement sur ce dernier et le réparer.
Le dépassement de soi afin d’accomplir une Mitsva est tellement fort qu’il provoque en la personne une élévation spirituelle qu’il ne saurait imaginer, et pour ressentir cela un récit sur notre maître vénéré Baba Salé de mémoire bénite nous aidera dans ce sens. Un soir, à la sortie de Chabat, tout le monde se dirrigea vers la cour de la synagogue afin de réciter avec le Tsadik la bénédiction de la Lune, mais voilà que les nuages cachaient cette dernière et chacun se tourna vers Baba Salé afin d’observer comment allait-il réagir. Ils assistèrent méduisés au miracle qui se produit lorsque le Tsadik leva sa canne et la dirrigea vers la gauche, les nuages firent de même et dévoilèrent la Lune de manière à ce que tous les fidèles puissent réciter la bénédiction de la Lune! A la fin de la prière un homme s’approcha du Tsadik en lui demandant comment avait-il le pouvoir de dominer la nature? Baba salé lui répondit que ce miracle ne datait pas d’aujourd’hui, à Netivot là où ils récitèrent la bénédiction mais des années auparavant, à Lyon. En effet, un soir au moment de la récitation de cette Bra’ha, les nuages empechèrent le Tsadik de la réciter, et cela durant plusieurs soirs, jusqu’au moment où ses éleves lui dirent que pour pouvoir la réciter il fallait voyager jusqu’a Marseille a 380 km. Immédiatement, Baba Salé demanda qu’on l’amène là-bas et c’est comme cela qu’il réussit a accomplir cette extraordinaire Mitsva, suite à cela Hachem lui donna le mérite de pouvoir l’accomplir quelque soit la météo !
En conclusion, il nous est enseigné ici un message qui impose à tout un chacun le devoir de préserver ses yeux, ses oreilles, ainsi que ses autres organes, non pas uniquement sur le plan matériel mais également sur celui du spirituel. Ce que nos oreilles entendent, ce que nos yeux regardent, devient quelque chose d’indissociable et personne ne pourra affirmer que cela ne l’influence pas car même si lui ne le ressent pas, ses membres eux ne lui demanderont pas la permission, ils le conduiront tout simplement vers leur direction, celle choisie par leur racine intérieure !
Béchala’h – La traversée de la Mer Rouge
25 janvier 2010 at 22:33 | In Bechala'h | 1 CommentTags: paracha, hachem, machia'h, pharaon, torah, Midrache, peuple juif, Bechala'h, BESHALACH, Mer Rouge, traversée de la Mer Rouge, l'Eternel, Pessa'h, Midrache Raba, sortie d'Egypte, Maitre du Monde, Avodat Hachem
La Paracha de Béchala’h relate l’un des épisodes les plus passionants de notre Histoire tant cette traversée de la Mer Rouge à pieds secs reflète toute la grandeur et la splendeur du Divin. Ce fut l’apogée des épreuves qu’Hachem fit endurer aux Egyptiens d’une part, mais surtout l’accès à la liberté pour le peuple Juif de manière spectaculaire et définitive, ce peuple qui, malgré la puissance de ses oppresseurs finira, avec l’aide de l’Eternel, par se libérer et sortir par la grande porte. Cette liberté chaque année comémorée à Pessa’h révèle qu’en fait, nous sommes assurés de sortir vinqueurs face à tous les exiles de l’Histoire a venir jusqu’à l’arrivée du Machia’h à la fin des temps.
Le Midrache Raba nous pose le décor et l’ambiance tendue qui régnait dans le cortège de millions dhommes, femmes, et enfants devant la mer, bloqués dans leur périple du désert, et de l’autre côté l’armée de Pharaon qui s’approche de ce peuple pour l’exterminer ou le ramener à l’esclavage à jamais! Le Midrache de décrire: ‘Quatre clans se formerent au sein du peuple Juif face a la mer, les premiers souhaitaient se jeter a la mer, les seconds préféraient revenir en Egypte, les troisièmes désiraient combattre et les derniers voulaient crier’.
L’Histoire de notre peuple nous enseigne qu’à chaque génération se trouvaient des personnes qui, plutôt de se retourner vers les grands éclaireurs, les visionnaires de la communauté, se sont considérés eux-mêmes leaders, véhiculant leurs propres idées pour sauver le peuple. Tout comme à l’époque de la sortie d’Egypte, on dénombre quatre groupes bien distincts:
- les désespérés, fatalistes, convaincus qu’il n’y a plus d’espoir de s’en sortir, décident de choisir le suicide par la noyade plutôt que de se rendre à l’ennemi et subir les vices de ce dernier.
- les résignés, pragmatiques, conscients que les Egyptiens sont plus forts et plus nombreux, préfèrent retourner en Egypte quitte à devoir s’assimiler voire se retrouver esclaves.
- les guerriers, idéalistes, faisant fis des pronostiques de défaite, se mobilisent pour lutter jusqu’au dernier et mourir en héros avec pour devise la liberté ou la mort !
- les diplomates, pensants utile la manifestation bruyante pour réveiller l’opinion publique, la conscience des nations, et ainsi éviter un bain de sang par les voies politiques.
Mais en fin de compte, chacun reçut sa réponse en comprenant l’allusion se cachant dans ces versets (L’Exode 14, 13-14): « Moïse répondit au peuple: « Soyez sans crainte! Attendez, et vous serez témoins de l’assistance que l’Éternel vous procurera en ce jour! « tel un message aux désespérés, « Certes, si vous avez vu les Égyptiens aujourd’hui, vous ne les reverrez plus jamais. » dans le sens qu’il n’y a pas de chemin retournant vers l’Egypte, « L’Éternel combattra pour vous » sous entendu non pas vous les guerriers idéalistes, « et vous, tenez-vous tranquilles! » sans avoir besoin de manifester et hurler au secours !
Hachem n’attendait en fait uniquement la réaction qui fut alors spontanée et unanime des Hébreux: « Comme Pharaon approchait, les enfants d’Israël levèrent les yeux et voici que l’Égyptien était à leur poursuite; remplis d’effroi, les Israélites jetèrent des cris vers l’Éternel »! (L’Exode 14, 10)
Aujourd’hui, nous sommes dans la même situation décrite par le Midrache et il nous est difficile encore de prendre conscience que les épreuves qui nous sont envoyés par Hachem n’ont pour seul but que de réveiller en nous cette foi immuable en la capacité du Maitre du Monde de les résoudre grâce à nos prières. Malgré notre volonté de régenter notre propre vie, nous devons chercher à travers nos supplications et nos prières quotidiennes ce que nous pouvons changer en nous-mêmes afin de toujours positiver face aux épreuves et ainsi se renforcer chaque jour un peu plus dans l’accomplissement de notre Avodat Hachem et recevoir de Sa part toutes les bénédictions, Amen !
Bo : le sens de l’aboiement du chien
19 janvier 2010 at 23:20 | In 1 | Leave a CommentAu cours de la paracha, Hachem annonce à Moché que la nuit suivante il fera sortir son peuple d’Égypte après avoir acculé ses oppresseurs d’une dixième et ultime plaie. Le verset s’exprime ainsi : « Moïse ajouta: « Ainsi a parlé l’Éternel: ‘Au milieu de la nuit, je m’avancerai à travers l’Égypte et alors périra tout premier-né dans le pays d’Égypte, depuis le premier né de Pharaon qui devait occuper son trône, jusqu’au premier-né de l’esclave qui fait tourner la meule; de même tous les premiers-nés des animaux. Et ce sera une clameur immense dans tout le pays d’Égypte, telle qu’il n’y en a pas eu, qu’il n’y en aura plus de pareille. Quant aux enfants d’Israël, pas un chien n’aboiera contre eux ni contre leur bétail afin que vous reconnaissiez combien l’Éternel distingue entre Misraïm et Israël. » (L’Exode 11,4-7). Il s’agit là de la traduction communément retenue. Toutefois Rachi, se fondant sur la racine du mot, traduit par : « pas un chien n’aiguisera sa langue ».
Trois parachiot plus loin, dans Michpatim (chap. 22 verset 30), la Torah nous dit « Vous devez aussi être des hommes saints devant moi: vous ne mangerez donc point la chair d’un animal déchiré dans les champs, vous l’abandonnerez aux chiens. ». Ce verset, qui constitue l’une des sources fondamentales des lois relatives à la cacherout du bétail, nous enjoint de ne pas consommer la chair issue d’un animal victime d’un prédateur mais de l’offrir aux chiens.
La Mekhilta (Midrache halakhique sur Chemot), partiellement citée par Rachi sur ce même verset, pose la question suivante : faut-il entendre les termes « jeter au chien » de manière exhaustive, ou s’agit-il en réalité d’une autorisation plus globale de tirer profit de cette viande en l’offrant à quiconque n’est pas concerné par les lois de la cacherout ? La Mekhilta répond en faisant appel à une autre notion de cacherout : la charogne.
S’agissant d’une bête morte de mort naturelle (nevela), la Torah nous autorise à la donner aux idolâtres. Or d’après la Mekhilta, l’interdit de consommer une bête dite « nevela » présente un caractère de gravité supérieur à celui frappant la bête « déchirée », trefa.
Or donc si la Torah autorise de tirer profit de la première catégorie d’interdit, les règles s’appliquant à la seconde ne sauraient être plus rigoureuses en limitant l’autorisation à ne jeter la viande qu’aux chiens. C’est donc que l’autorisation de tirer profit de cette viande est générale et non limitée à cet animal. S’il en est ainsi pourquoi la Torah dit elle « jetez-la au chien » ?
Et la Mekhilta de répondre « c’est pour t’enseigner que le chien est supérieur à l’idolâtre [c’est la raison pour laquelle il lui est dévolu spécifiquement une part]. Car Hachem ne lèse aucune créature de la récompense [qui lui est due], comme il est dit : Et envers [contre] tous les enfants d’Israël pas un seul chien n’aiguisera sa langue. L’Eternel dit donne lui sa récompense. A fortiori, D.ieu ne frustrera pas un homme de son dû ».
Ainsi donc, d’après ce texte, le fait pour le chien de se voir attribuer des pièces de viande non cachères constitue la juste rétribution du fait qu’il n’a pas élevé la voix lors de la sortie d’Égypte.
Cette réponse pose un problème de fond. En effet Rambam, dans le Moré névoukhim (Guide des égarés, Partie 3 Chapitre 17), définissant une théodicée, décrit le principe de la récompense des actes positifs et du châtiment des fautes dans ce monde-ci et dans le monde à venir. Or le paramètre déterminant, d’après Rambam, pour qu’il y ait lieu à rétribution est la conscience, le libre arbitre. Seul l’être doué de raison est donc concerné (tout au moins directement) par ce mode de fonctionnement. Être jugé suppose une marge de manœuvre, et non un fonctionnement instinctif. L’animal est donc exclu de ce « système », il n’est qu’un moyen, pas une fin. Dès lors comment la Mekhilta peut elle parler d’une récompense attribuée à un chien ? D’autre part la juxtaposition faite entre l’idolâtre et l’animal paraît pour le moins scandaleuse !
Trois réponses ont été proposées à cette question. Nous nous concentrerons sur celle donnée par le Maharal de Prague dans son commentaire sur Rachi. (Gour Arié, Parachat Michpatim, les autres étant fournies par le Torah Temima et le Malbim mais de manière beaucoup plus succincte).
Il explique ainsi pourquoi la Mekhilta fait un parallèle entre le chien et l’idolâtre. Est-ce là une vulgaire injure ? Cela paraît impossible, la nature même du Midrache est de révéler les enseignements de vie dissimulés dans les versets. Quel est donc l’enseignement profond de ce texte ?
Le chien est, presque paradoxalement, l’expression d’une certaine perfection. Pourquoi ? Parce qu’il est un être non perfectible. Tout son sens, sa place dans la création est réalisée dans son existence telle qu’elle apparaît à nos yeux.
Tel n’est pas le cas de l’homme. Celui-ci est par essence la créature vouée à la perfectibilité. L’homme est, d’abord et avant tout, un potentiel, un devenir, non un simple « produit fini ». Il n’exprime donc sa perfection d’être créé que lorsqu’il est à même de rechercher ce perfectionnement dans le service divin.
C’est en cela que l’idolâtre peut être qualifié d’inférieur au chien, non pas dans l’essence mais dans son positionnement. Le chien par sa seule existence traduit l’effectivité de ce caractère parfait, mais l’homme idolâtre ne fait que s’enfermer dans un mode d’existence consistant à ne jamais être capable de relever les défis placés en lui, il devient donc l’expression moins criante de la perfection de la création divine. Il trahit sa nature profonde.
Muni de cette analyse, le Maharal va apporter des éléments de compréhension de notre problématique. La perfection dans la création ne s’exprime pas seulement dans la capacité d’un homme à se grandir. La sortie d’Égypte est, elle aussi, l’expression d’une perfection. Celle d’un monde où il y a place pour un projet divin pour l’humain, où Hachem choisit un peuple pour porter son projet, se choisit un interlocuteur.
Il ne s’agit donc pas d’un banal événement historique, mais d’un rappel à l’Homme de sa grandeur. Dès lors c’est la création dans son ensemble qui est entrainée dans ce mouvement, devenant à nouveau susceptible de faire sens dans sa totalité, jusqu’au chien lui-même qui prend sa place dans cet univers.
Celui-ci révèle alors non par son choix, comme nous aurions pu le croire du texte de la Mekhilta, mais par sa simple existence, qu’il a une place dans le monde créé. Son « harmonie » avec le projet divin lui permet de ne pas être « heurté » par l’événement, de ne pas aboyer…
Il devient alors compréhensible que cette place se reflète dans la mitsva de lui donner part au bétail non consommable. Nous pourrions presque dire que l’animal prend une place ontologique et non anecdotique au sein de la Création.
Parachat Vaéra – Israël nous appartient grâce à l’étude de la Torah
10 janvier 2010 at 17:37 | In Vaéra | Leave a CommentTags: paracha, yaacov, hachem, jacob, pharaon, moché, torah, abraham, isaac, Midrache, Israel, peuple juif, Hébreux, Midrach, Vaéra, étude, plaies, roi d'Égypte, Patriarches, sclavage
La Paracha de la semaine évoque les premières plaies affligées au Pharaon et son peuple par Hachem afin de le forcer à libérer le peuple Juif, nouvellement constitué à partir des familles issues de Yaacov. Moché vient de sortir du palais de Pharaon, déçu de son échec dans la négociation lors de son premier entretien avec le roi d’Égypte, et se lamente devant l’Éternel, désespéré. Le verset en témoigne à la fin de la paracha de Chémot: « Moïse retourna vers le Seigneur et dit: Mon D.ieu, pourquoi as-tu rendu ce peuple misérable? Dans quel but m’avais-tu donc envoyé? Depuis que je me suis présenté à Pharaon pour parler en ton nom, le sort de ce peuple a empiré, bien loin que tu aies sauvé ton peuple! » (L’Exode 5,22-23) C’est alors qu’au début de la paracha de Vaéra, l’Eternel lui répond: « C’est à présent que tu seras témoin de ce que je veux faire à Pharaon. Forcé par une main puissante, il les laissera partir; d’une main puissante, lui-même les renverra de son pays. » D.ieu adressa la parole à Moïse, en disant: « Je suis l’Éternel. J’ai apparu à Abraham, à Isaac, à Jacob, comme Divinité souveraine; ce n’est pas en ma qualité d’Étre immuable que je me suis manifesté à eux. De plus, j’avais établi mon alliance avec eux en leur faisant don du pays de Canaan, cette terre de leurs pérégrinations où ils vécurent étrangers et enfin, j’ai entendu les gémissements des enfants d’Israël, asservis par les Égyptiens et je me suis souvenu de mon alliance. » (L’Exode 6,1-5)
Hachem réagit avec virulence, mettant Moché en balance avec les Patriarches qui n’ont pas eu le privilège d’approcher D.ieu directement comme lui, sans allusion dans les prophéties, et qui ne se sont jamais plaints devant l’incompréhension que peut générer parfois le projet Divin.
A ce moment Hachem dévoile à Moché sa réaction imminente face à l’esclavage cruel du peuple Juif, en promettant la libération et la venue en terre d’Israël promise à Abraham, Isaac, et Jacob.
« Donc, parle ainsi aux enfants d’Israël: ‘Je suis l’Éternel! Je veux vous soustraire aux tribulations de l’Égypte et vous délivrer de sa servitude; et je vous affranchirai avec un bras étendu, à l’aide de châtiments terribles. Je vous adopterai pour peuple, je deviendrai votre D.ieu; et vous reconnaîtrez que moi, l’Éternel, je suis votre D.ieu, moi qui vous aurai soustraits aux tribulations de l’Égypte. Puis, je vous introduirai dans la contrée que j’ai solennellement promise à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous la donnerai comme possession héréditaire, moi l’Éternel.’ « (L’Exode 6,6-8).
Le dernier verset met en opposition, à priori, le don de cette terre aux Hébreux bientôt libérés, à l’héritage promis aux ancêtres quelques générations précédentes. Comprenons par le don quelque chose qu’il faille mériter indépendammant des mérites de nos aïeux, alors que l’héritage ne dépend pas des efforts de l’héritier.
Quel est donc le message qu’il faut décoder derrière la traduction de ce verset ?
Le Midrache dans la paracha à venir (Bo) explique bien cette différence: « je te la donnerai; que tu ne pense pas l’hériter de tes ancêtres, mais elle sera à tes yeux comme donnée aujourd’hui pour la première fois. »
Ce qui est intéressant c’est qu’à propos de la Torah on retrouve ce même double langage: «C’est pour nous qu’il dicta une doctrine à Moïse; elle restera l’héritage de la communauté de Jacob.» (Le Deutéronome 33,4) mais aussi l’explication de Rachi sur ce verset tiré de la dernière paracha de la Torah: ’ les paroles de Torah seront à tes yeux toutes neuves chaque jour’.
La réponse est unique face à ces deux questions: en effet, la Torah est un héritage qui se transmet de générations en générations et les érudits y rajoutent leurs commentaires par l’approfondissement de leurs connaissances. Mais ce n’est pas un simple héritage, j’entends par là n’impliquant aucun effort de notre part. Elle n’est pas de la littérature antique, sans lien personnel avec celui qui l’étudie, tel une vieille relique. L’héritage n’appartient qu’à celui qui s’investit corps et âme pour tenter de comprendre la vérité qu’elle contient.
Notre relation par rapport à la terre d’Israël est la même. On a coutume de dire qu’elle nous appartient par le fait d’avoir été acquise par nos patriarches. Mais en fait, chaque jour est un nouveau challenge qui nous est imposé par Hachem. Et nos sages de dire : pourquoi cette terre nous a été enlevée par les diverses civilisations ?car nous étudiions la Torah sans avoir béni auparavant Hachem de nous l’avoir donné tous les matins. L’importance de la bénédiction n’est pas la récitation de cette dernière mais la prise de conscience que nous avons un rôle à jouer dans cette Torah et qu’elle n’est pas simplement un héritage auquel nous n’avons pas notre part d’action, d’investissement pour la mériter. Et de même que nous devons vivre sur notre terre pour atteindre la perfection de notre engagement dans la Torah, de même notre terre ne peut être parfaite que si nous y vivons en total accord avec les commandements divins.
En résumé nous avons une équation avec la Torah d’un côté et notre mérite de vivre en terre Israël de l’autre. C’est simple à concevoir tant ces deux choses sont les seuls éléments de notre identité juive.
La gestation du peuple juif réalisée lors de son esclavage n’a pour but que de nous enseigner ce message à savoir que la libération survenue après 210 ans n’était que le moyen de nous amener dans les désert du Sinaï pour y recevoir la Torah et devenir une véritable nation, porteuse de l’éthique divine pour l’humanité toute entière !!!
Parachat Chemot – L’égalité des droits et l’antisémitisme
7 janvier 2010 at 19:32 | In Chemot | Leave a CommentTags: paracha, yaacov, hachem, Yossef, pharaon, exil, esclavage, Avraham, Midrache, Beth Halevi, Israel, Chemot, L'égalité des droits, antisémitisme, Exode, peuple juif, Hébreux, Bnei Israel, Egyptiens, Mitsva, Midrach, Yalkout Chimoni, Bechala'h, Mila, circoncision, Choa, l'Etat d'Israel, Maskilim, Lumières, Judaisme, Hitler
La paracha de Chemot qui ouvre l’Exode nous fait basculer directement de l’âge d’or pour la famille de Yaacov, fondatrice du peuple juif, au début de cette sombre période que fut l’esclavage des Hébreux, le premier exil d’Israël. Dès les premiers versets où l’on voit Yossef quitter ce monde avec toute sa génération, il est palpable qu’un changement va opérer mais le fait qu’on assiste au revirement de Pharaon envers la famille de Yossef est quelque peu soudain car il n’a fallut que quelques années pour voir les descendants de Yaacov passer du statut d’intégrés a celui de rejetés.
La question qui se pose, à savoir quel a été l’élément déclencheur de cette haine des Egyptiens envers les Bnei Israel et qui a été la source de l’antisémitisme?
Le verset insiste: « Mais, plus on l’opprimait, plus sa population grossissait et débordait et ils conçurent de l’aversion pour les enfants d’Israël. »(L’Exode 1,12) Et Rachi d’expliquer que les Egyptiens ne supportaient plus la facon de vivre des Hébreux. Sur ce point, le Midrache relate qu’après la mort de Yossef, ses descendants ont annulé la Brit Mila, pretextant vouloir vivre exactement comme les Egyptiens, c’est pourquoi Hachem a renversé l’amitié dont ils jouissaient en haine viscérale.
On se doit de s’interroger sur la raison pour laquelle ils ont abandonné la seule Mitsva qu’ils avaient depuis Avraham et qui les différenciait des autres peuples? De plus, le Midrache Yalkout Chimoni (fin de Béchala’h) nous raconte justement le contraire: lorsque les Egyptiens les voyaient circoncir leurs enfants, ils leur proposèrent d’alléger leur conditions d’esclaves en échange de l’arrêt de cette pratique, ce qui fut catégoriquement refusé par les Hébreux! Comment s’y retrouver alors?
Le Beth Halévi nous répond qu’en fait, les Bnei Israel n’ont pas annulé cette Mitsva mais après avoir circoncis leur enfants, ils ont ensuite tiré la chair afin de recouvrir la Mila de manière qu’il n’y ait aucune trace de la circoncision. Leur argument était le suivant: du fait que Yossef et ses frères qui étaient proches de Pharaon avaient quittés ce monde, les descendants n’allaient pas tarder à se retrouver esclaves de la puissance Egyptienne, donc si jamais ils faisaient tout pour se comporter comme eux, ils bénéficieraient tôt ou tard du statut de résident permanent, ce qui leur octroierait l’égalité des droits et enlèverait tout risque d’être à la merci des Egyptiens et risquer alors de devenir esclaves de ces derniers.
L’erreur était d’avoir imaginé pouvoir résister à l’assimilation annoncée car si physiquement ils étaient semblables aux Egyptiens, certainement qu’un jour ils épouseraient leurs moeurs et deviendraient des Egyptiens à tout niveau. C’est à ce moment là qu’intervint Hachem, garant de la pérénité de son peuple. Il provoqua la haine des Egyptiens envers les Bnei Israel afin de maintenir la distance nécéssaire entre ces deux peuples. A chaque fois que les Hébreux tentaient de se fondre dans la civilisation, ils furent encore plus rejetés jusqu’à ce que Pharaon décida d’en finir avec eux et les rendit esclaves.
Si l’on observe notre situation de nos jours, on s’aperçoit que l’antisémitisme est toujours d’actualité même si après la Choa, tout le monde était convaincus qu’avec la naissance de l’Etat d’Israel, la question juive était enfin résolue. C’est justement la même erreur qui fut reproduite par les Maskilim, Les Lumières au 19eme siecle en Allemagne, qui souhaitaient une intégration complète dans la société occidentale, en rejetant tout signe distinctif du Judaisme, et qui en fin de compte les desservit au moment ou Hitler désirant trouver un bouc émissaire parfait au lendemain de la première guerre mondiale, se mit à accuser les Juifs de tenir les rênes du pouvoir, de l’économie, de chercher leur interêt personnel plutôt que le bien de la nation qui les accueille. En relisant les premiers versets de la Paracha on retrouve ces mêmes accusations exprimées cette fois de la bouche du Pharaon, c’est donc un éternel recommencement!
Parachat Vaye’hi – Yaacov quitte ce monde en Egypte
29 décembre 2009 at 12:17 | In Vaye'hi | Leave a CommentTags: 'Houchim, Chévatim, Dan, Egypte, essav, Hebron, Ichmael, Israel, Kiryat Arba, machia'h, Méarat Hama'hpéla, Naftali, Parachat Vaye'hi, patriarche, Rav Haim Shmoulevits, Rivka, si'hot moussar, Sota, talmud, Terre Sainte, torah, Vaye'hi, yaacov, Yossef
La Paracha de Vaye’hi est celle qui clot le premier tome de la Torah, l’histoire des patriarches qui s’achève par les bénédictions de Yaacov à ses enfants et les recommendations qu’il leur adresse, chacun selon ses traits de caractère. « Tous ceux-là sont les douze tribus d’Israël; et c’est ainsi que leur père leur parla et les bénit, dispensant à chacun sa bénédiction propre. » (La Genèse 49,28) Yossef jure à son père d’acheminer sa dépouille en Israel, dans la grotte familiale à Hebron où reposent déjà Adam et Hava, Avraham et Sarah, Its’hak et Rivka, ainsi que Léa.
Le Talmud dans le traité de Sota (13a) raconte les détails de cet enterrement unique dans l’Histoire car en effet, tous les sages, penseurs et grandes personalités d’Egypte, ainsi que les serviteurs de la cour se sont déplacés tant ils vénéraient Yaacov et admiraient Yossef. Mais c’est lorsque le cortège arriva à Méarat Hama’hpéla que Essav apparut et empêcha Yaacov de rejoindre ses pères en Terre Sainte. Il s’adressa aux enfants de Yaacov en disant: ’cet endroit est appellé Kiryat Arba faisant référence aux 4 couples reposant en ces lieux, si Yaacov a déjà enterré Léa, il ne reste donc plus qu’une seule place et elle me revient du fait que Léa occupe l’emplacement réservé pour Yaacov’. Les Chévatim lui répondirent alors: ‘Yaacov te l’a acheté il y a longtemps.’ Essav leur demanda aussitôt le contrat de cette vente et Naftali qui pouvait courir aussi vite qu’une gazelle fut dépeché par ses frères afin de récupérer le contrat laissé en Egypte.
Pendant que tout le monde attendait le retour de Naftali, le fils de Dan qui était sourd demanda la raison pour laquelle Yaacov devait subir cette humiliation d’attendre des heures avant d’être enterré et la famille lui expliqua la situation. ‘Houchim prit aussitôt son épée et trancha la tête d’Essav qui roula jusque dans la grotte et l’enterrement continua, répondant ainsi à la prophétie de Rivka qui avait prédit que ses jumaux allaient mourir le même jour.
En lisant ce passage de la Guemara on est en droit de se demander pourquoi les fils de Yaacov n’ont pas réagi aussi vite que ‘Houchim et n’ont pas défendu l’honneur de leur père ?
De cette histoire nous pouvons apprendre une règle de base dans la nature de l’homme. Il se peut que ce dernier connaisse la vérité absolue de la manière la plus claire, et pourtant, si jamais une personne venait à remettre en question cette vérité, en contredisant la réalité, en imposant le débat, elle ferait en sorte qu’il ne verrait plus cette vérité aussi limpide.
La vérité existerait encore mais plus aussi tranchante qu’auparavant!
Prenons l’exemple du cambrioleur qui est considéré aux yeux de tous comme un voleur. Si ce dernier, face au propriétaire se met à revendiquer la propriété du lieu, ou que pour une raison ou une autre cet argent lui est dû, on ne s’imagine pas un seul instant que le maître de maison entre en discussion avec lui mais plutôt qu’il alertera la police au plus vite. Mais si jamais le débat a lieu et que le propriétaire se met à chercher le titre de propriété , le voleur a d’ores et déjà obtenu le statut d’homme honorable…
C’est ce qui est arrivé aux enfants de Yaacov, s’ils avaient dès le début repoussé Essav en refusant de discuter, ce dernier n’aurait jamais réussi à s’interposer dans le déroulement de l’enterrement. Mais l’erreur a donc été d’accepter le dialogue, qu’Essav ait un droit de parole, de ce fait il n’était plus question de le repousser par la force mais seulement en gagnant le procès. En revanche, ‘Houchim qui était sourd, par la force des choses n’est donc pas entré en discussion avec son oncle, il était alors encore capable de désigner Essav tel qu’il était véritablement, un voleur qui s’approprie le bien des autres, et c’est la raison pour laquelle il prit les choses en mains et exécuta Essav de manière expéditive.
Cette leçon de Rav Haim Shmoulevits, auteur du Si’hot Moussar, est tellement d’actualité alors qu’Israël lutte sans relache contre le terrorisme islamiste et ce qui représente, les descendants de ceux qui se sont toujours opposés au peuple de Yaacov. L’erreur de l’Occident, représentant les descendants de Essav, est de légitimer ces ‘forces de résistance’ et d’obliger Israël à accepter de débattre sur son statut final avec les rois du vol , par le biais de l’ONU où tout doit se discuter(Ichmaël associé au vol depuis toujours ainsi que le verset l’indique: L’envoyé du Seigneur lui dit encore: « Te voici enceinte, et près d’enfanter un fils; tu énonceras son nom Ismaël, parce que Dieu a entendu ton affliction. Celui-ci sera un onagre parmi les hommes: sa main sera contre tous, et la main de tous contre lui; mais il se maintiendra à la face de tous ses frères. » La Genèse 16,11-12). A nous de lire les messages qui nous sont directement adressés dans la Torah et les mettre en application afin de sortir vainqueur contre tous nos détracteurs et rapprocher ainsi la venue du Machia’h, seul habilité à nous délivrer completement de nos ennemis !
Vayigache – L’ultime jugement
22 décembre 2009 at 12:04 | In Vayigache | 1 CommentTags: accusateur, benjamin, Beth Halevi, Créateur, Egypte, esclave, famine, hachem, jugement, Juif, Juif errant, Midrache, paracha, pharaon, Pirkei Avot, révélation, Techouva, torah, tribu, tribunal céleste, ultime, Vayigache, vice-roi d'Egypte, yaacov, yehouda, Yossef
La révélation de Yossef à ses frères est certainement le moment le plus émouvant de toute la Torah. Lui, symbole du Juif errant, a réussi l’ascenssion sociale la plus extraordinaire depuis la nuit des temps, passant d’esclave en pays étranger au poste de vice-roi d’Egypte, minsistre du trésor de Pharaon. Lorsque ses frères descendent en Egypte pour la première fois afin d’acheter du blé alors que le reste du monde souffre d’une terrible famine, ils profitent de l’occasion pour chercher leur frère vendu des années auparavant et se souvenant qu’il était très beau, ils se dirrigèrent tout droit vers le quartier de référence pour la prostitution. C’est tout ce qui pouvait arriver à un bel esclave à l’époque et pourtant, Yossef s’est hissé par son intelligence aux plus hautes responsabilités du Royaume !
C’est pourquoi la révélation de Yossef à ses frères était d’autant plus dramatique et humiliante pour eux, tant leur ennemi de frère avait réussi sa vie mieux qu’eux!
»Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria: « Faites sortir tout le monde d’ici! » Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères. Il éleva la voix en pleurant. Les Égyptiens l’entendirent, la maison de Pharaon l’entendit, et il dit à ses frères: « Je suis Joseph; mon père vit-il encore? » Mais ses frères ne purent lui répondre, car il les avait frappés de stupeur. Joseph dit à ses frères: « Approchez-vous de moi, je vous prie. » Et ils s’approchèrent. Il reprit: « Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l’Égypte. Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour ce pays; car c’est pour le salut que le Seigneur m’y a envoyé avant vous. (La Genèse 45,1-5)
Le Midrache nous enseigne sur cet émouvant moment: ‘Malheur à nous le jour du jugement, malheur à nous le jour du repproche. Yossef, cadet de ses frères, n’a rien pu entendre de leur part lors de sa révélation tant ils étaient paralysés, nous autres à fortiori le jour de l’ultime jugement!’
A priori lorsque l’on se penche dans les verset relatant la révélation de Yossef à ses frères, on imagine plutot l’émotion suscitée par ces retrouvailles inespérées et l’on voit mal ou se situe le repproche, meme voilé, de Yossef envers ces derniers. Pourtant le Midrache indique clairement que derrière ces pleurs de joie se cache un repproche qui a paralysé toute la tribu de Yaacov.
Le Beth Halevi nous explique que ce terrible repproche est contenu dans les mots « Je suis Yossef, mon père vit-il encore ? »(45,3).
Si l’on reprend le début de la Paracha, on voit Yehouda s’approcher de manière courtoise mais assurée de Yossef, engageant un plaidoyer interminable, faisant passer Yossef aux yeux de ses conseillers comme un cruel dictateur, inhumain, n’ayant pas pitié d’un vieillard attaché à son Benjamin qui ne survivrait pas à la nouvelle que ce dernier devint esclave en Egypte. « Et maintenant, en retournant chez ton serviteur, mon père, nous ne serions point accompagnés du jeune homme et sa vie est attachée à la sienne! Certes, ne voyant point paraître le jeune homme, il mourra; et tes serviteurs auront fait descendre les cheveux blancs de ton serviteur, notre père, douloureusement dans la tombe. Car ton serviteur a répondu de cet enfant à son père, en disant: ‘Si je ne te le ramène, je serai coupable à jamais envers mon père.’ Donc, de grâce, que ton serviteur, à la place du jeune homme, reste esclave de mon seigneur et que le jeune homme reparte avec ses frères. Car comment retournerais-je près de mon père sans ramener son enfant? Pourrais-je voir la douleur qui accablerait mon père? » (La Genèse 44,30-34)
C’est d’ailleurs justement pour éviter que la honte soit encore plus insoutenable pour ses frères que Yossef fit sortir tous ceux qui étaient présent dans la salle avant de révéler sa véritable identité. Il s’écria « Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l’Égypte « (45,4). L’allusion était des plus flagrantes; comment pouvez-vous me repprocher de ne pas avoir pitié de votre père Yaacov alors que vous-mêmes m’avez vendu en esclave sans vous demander si mon père survivrait à cette épreuve? Pourquoi voudriez-vous qu’on vous prenne en pitié lorsque vous êtes touchés alors que vous en avez pas eu pour moi et mon père à l’époque?
Ces repproches terribles raisonnent en chacun de nous car le Midrache nous enseigne ici que lorsque l’on rendra notre âme au Créateur, nous aussi aurons à rendre des comptes sur nos actes dans ce monde ici bas. Mais ce qui est plus redoutable encore ce n’est pas le fait d’etre jugé un jour sur notre vie, c’est surtout la manière avec laquelle l’accusateur va nous tourner en dérision dans son argumentation. En effet, ce sont nos réponses qui seront utilisées contre nous et c’est cela qui est le plus terrible et le plus humiliant.
Lorsque l’on justifiera le manque de temps libre pour étudier la Torah, l’ange accusateur nous montrera le film de notre vie en appuyant sur le nombre incalculable de moments perdus inutilement dans des futilités. Quand nous nous défendrons de ne pas avoir eu une bonne mémoire pour se souvenir du peu de Torah qu’on aura appris, le tribunal céleste nous révélera combien notre mémoire nous a jamais trahi lorsqu’il s’agissait d’une dette que notre ami avait envers nous, des articles de journaux dévorés et gravés à jamais dans notre esprit, ou encore la rancune eternelle envers ce voisin…
Yossef nous donne ici la leçon essentielle pour réussir sa vie et ne pas avoir à chercher de prétextes pour justifier notre manquement à la mission que Hachem a donné à chacun d’entre nous lors de notre venue au monde. La Techouva commence par cette prise de conscience que toutes nos actions sont inscrites dans le livre de la vie ainsi qu’il nous est enseigné dans Pirkei Avot. Mais au-delà du fait que rien n’est caché aux yeux de l’Eternel, c’est surtout le fait qu’on n’aura aucune excuse valable pour justifier notre incapacité à être au niveau de ce qu’on attendait de nous dans le monde futur, qui sera pour nous humiliant.
Que le Maître du monde nous donne la force de prendre conscience que rien n’est perdu et qu’au contraire, c’est le nouveau départ que l’on pourra prendre à la suite de cette profonde introspection qui nous fera certainement rattraper le temps perdu!
Parachat Mikets – sagesse et grandeur de Yossef
14 décembre 2009 at 18:54 | In mikets | Leave a CommentTags: david, doubno, eternel, grandeur, maguid, mikets, moussar, pharaon, reve, sagesse, si'hot moussar, vaches grasses, Yossef
Au cours de cette paracha, le lecteur assiste à l’accélération des événements qui amèneront Yossef à sa libération des géoles egyptiennes pour devenir vice-roi de Pharaon; une ascension sociale des plus rare dans l’Histoire. Yossef est appelé au chevet de Pharaon, troublé par ses rêves où les vaches maigres engloutissent les vaches grasses, où les épis de blé chétifs feront de même avec les beaux et grands épis. Seul Yossef interprêtera correctement ces rêves, tout en insistant sur le fait que « ce que Hachem prépare, il l’a annoncé à Pharaon » (La Genèse 41,25).
La Torah nous décrit ainsi l’argumentation remarquable de Yossef devant la cour d’Egypte: « Yossef dit à Pharaon: « Le songe de Pharaon est un: ce que D-ieu prépare, il l’a annoncé à Pharaon. Les sept belles vaches, ce sont sept années; les sept beaux épis, sept années: c’est un même songe. Et les sept vaches maigres et laides qui sont sorties en second lieu, sept années, de même que les sept épis vides frappés par le vent d’est. Ce seront sept années de famine. C’est bien ce que je disais à Pharaon ce que D-ieu prépare, il l’a révélé à Pharaon. Oui, sept années vont venir, abondance extraordinaire dans tout le territoire d’Égypte. Mais sept années de disette surgiront après elles et toute abondance disparaîtra dans le pays d’Égypte et la famine épuisera le pays. Le souvenir de l’abondance sera effacé dans le pays par cette famine qui surviendra, car elle sera excessive. Et si le songe s’est reproduit à Pharaon par deux fois, c’est que la chose est arrêtée devant D-ieu, c’est que D-ieu est sur le point de l’accomplir. Donc, que Pharaon choisisse un homme prudent et sage et qu’il le prépose au pays d’Égypte. Que Pharaon avise à ce qu’on établisse des commissaires dans le pays et qu’on impose d’un cinquième le territoire d’Égypte durant les sept années d’abondance. Qu’on amasse toute la nourriture de ces années fertiles qui approchent; qu’on emmagasine du blé sous la main de Pharaon, pour l’approvisionnement des villes et qu’on le tienne en réserve. Ces provisions seront une ressource pour le pays, lors des sept années de disette qui surviendront en Égypte, afin que ce pays ne périsse pas par la famine. » Ce discours plut à Pharaon et à tous ses serviteurs. » (La Genèse 41,25-37)
Rachi explique que les conseillers et magiciens de Pharaon ont tout essayé afin d’interprêter les rêves mais en vain; ces derniers tentaient des explications farfelues du genre sept filles naitront au Pharaon mais elles mourront toutes. Lorsqu’on observe l’analyse de Yossef on se demande comment les magiciens n’ont pas eu l’idée d’expliquer ces rêves de manière si simple et tellement logique. En effet les sept années d’abondance suivies de sept années de famine répondent parfaitement au fait que les vaches maigres mangeront les vaches bien portantes. On peut alors se demander ce qui a fait que les conseillers n’ont pas retenu cette possibilité?
Deuxièmement, comment Yossef se permet de donner des conseils économiques à Pharaon en lui recommendant de nommer un ministre du trésor digne de confiance capable de gérer les années de crise, alors qu’il n’est qu’un ex détenu présenté à la cour du roi; une personne qui devrait plutôt répondre aux questions sans se permettre d’en rajouter de sa propre initiative?
En préambule, il faut savoir que lorsque Hachem se révèle au prophête, c’est par un songe, une allusion qui évoque le message derrière la prophétie ou le rêve. Les conseillers de Pharaon savaient ceci et c’est la raison pour laquelle ils allèrent chercher très loin l’interprêtation sans jamais imaginer que le rêve représentait concrêtement les événements a venir, à savoir que les vaches et les épis de blé indiquaient clairement l’abondance et la famine, d’où le verset »ce que Hachem prépare, il l’a annoncé à Pharaon » (La Genèse 41,25). Du coup l’interprétation simpliste de Yossef ne pouvait pas les mettre d’accord tant c’était trop beau pour être vrai et il risquait de devenir en quelques minutes la risée de toute la crême d’Egypte et surtout du Pharaon. Que fit Yossef pour mettre tout le monde de son côté?
Le Maguid de Doubno nous donne ici un aperçu de ce que pouvait être la sagesse de Yossef par l’exemple suivant:
Dans une contrée lointaine, le fils héritier du roi tomba gravement malade et tous les médecins de la cour se succédèrent des jours durant au chevet du prince sans réussir à trouver l’origine de la maladie ni le remède adequat après avoir tenté de mixer toutes sortes d’herbes rarissimes cueillies du bout du monde. Déséspéré, le roi se tourna vers le peuple en invitant toute personne compétante en la matière capable de sauver son fils agonisant. Et voila que l’un des plus simples médecins du pays se présenta au palais, annoncant aux gardiens être celui qui connait les symptomes de la maladie et disposant du remède. Le médecin est conduit au chevet du prince, entouré de tous les grands médecins et pharmaciens de la cour, curieux de savoir par quel miracle ce dernier pourrait sauver le peuple du drame national qui s’annonce. Notre docteur en question avait un probleme cependant; le remède n’était composé en fait que de quelques herbes qui se trouvent dans n’importe quel jardin du pays, donc comment faire pour ne pas paraître ridicule devant la cour? Ce dernier déclara donc très habilement que le remède pouvait être obtenu non pas par des herbes rares mais par la préparation méticuleuse de ces simples feuilles, demandant beaucoup de professionalisme. Chacun des médecins présents acquiésa, pensant être le seul capable d’une telle préparation et donc celui que le roi va désigner certainement pour remplir cette mission !
C’est exactement ce que fit Yossef en rajoutant à l’interprêtation ce conseil au Pharaon de nommer le plus loyal des experts en économie du pays pour répondre à la menace de la famine en gérant de manière brillante les récoltes durant les sept années d’abondance. De ce fait, tous les conseillers de Pharaon pensaient tous etre capables d’une telle mission et d’un commun regard ils éclairèrent le palais de leur admiration pour cette interprétation !
Mais la suite est bien connue, Yossef seul fut désigné par Pharaon pour être le vice-roi, détenant ainsi les clés de tous les hangars de blé en Egypte. Rav Haim Shmoulevits auteur du Si’hot Moussar explique que grace au fait que Yossef ne montra aucun signe d’orgueil ou de satisfaction personnelle au moment où il fut présenté à la cour, en rappelant que Hachem est le seul capable d’interpréter les rêves, Pharaon eut ainsi la conviction que seul Yossef était le plus à même de répondre à la mission de gérer le pays à l’aube de la crise économique. En effet, durant l’abondance n’importe quel autre conseiller n’aurait pas résisté à la tentation de mettre quelques tonnes de blé de côté pour lui-même et ses proches lors de la famine annoncée. Yossef qui ne montra aucun orgueil au moment d’une telle ascension sociale, passant de simple esclave en prison au statut de conseiller du Pharaon répondant présent face aux situations les plus complexes. Il gagna la plus grande des confiances que Pharaon n’avait jamais accordé à ses sujets en lui donnant sa bague et son trône, s’obligeant par là-même à s’en faire construire un autre un peu plus grand !
Nous pouvons tirer de ce commentaire que seule la foi profonde de Yossef a été le moteur de sa sagesse et c’est pourquoi Hachem l’a récompensé en le libérant de manière si extraordinaire. C’est ainsi que l’on récite trois fois par jour dans ‘Achrei’ ce que le roi David a écrit « L’Eternel est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’appellent avec sincérité » (Les Psaumes 145,18). Que l’Eternel puisse nous aider à nous renforcer dans la partique des Mitsvot et d’espérer en toute circonstance même lors d’epreuves, car finalement Hachem nous en sort par la plus inattendue des manières !
Parachat Vayéchev – Yossef vendu par ses frères
7 décembre 2009 at 11:15 | In Vayechev | Leave a CommentTags: avot, benjamin, binyamine, chimon, daat torah, dracha, Egypte, freres, hachem, jacob, levi, machia'h, paracha, parasha, rabbanim, rabbi akiva, reouven, sfourno, shevatim, shimon, simon, tunique, Vayechev, vendu, vente de Yossef, yaacov, yehouda, Yossef
La parachat Vayéchev commence par un événement dramatique, qui jusqu’à la fin des temps bousculera notre esprit, à savoir la vente de Yossef par ses frères. C’est incontestablement l’une des histoires les plus troublantes de la Torah. Le degré d’élévation spirituel des fils de Yaacov dépasse l’entendement de chacun de nous, si bien qu’il nous est presque impossible de tenter une quelconque explication de ce qui a pu être leur motivation à se séparer de leur frère en l’envoyant en exil, loin de son père, vendu en esclave. La gravité de cette faute fera que des siècles plus tard, Rabbi Akiva et 9 autres tsadikim furent exécutés dans une barbarie extrême afin d’expier la faute des 10 frères de Yossef (Binyamine n’ayant pas participé à cet épisode).
Le fait que la décision de vendre Yossef fut à l’unanimité, nous indique que les frères étaient tous convaincus d’agir selon de règles de justice des plus claires. Le verset indique « En effet, lorsque Joseph fut arrivé près de ses frères ils le dépouillèrent de sa robe, de la tunique à rayures dont il était vêtu; et ils le saisirent et ils le jetèrent dans la citerne. Cette citerne était vide et sans eau. Comme ils étaient assis pour prendre leur repas, ils levèrent les yeux et virent une caravane d’Ismaélites, laquelle venait de Galaad; leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de lotus qu’ils allaient transporter en Égypte. »(La Genèse 37,23-25), ce qui signifie sans ambiguïté que leur décision était prise en toute conscience et après avoir jeté Yossef dans un trou, ils déjeunèrent tranquillement en attendant qu’une caravane de commerçants nomades vienne à leur rencontre et acheter Yossef pour esclave.
D’un autre coté des années plus tard, lorsque Yossef, devenu vice roi en Egypte reconnut ses frères venus lui acheter du blé et ainsi survivre à la famine, retenu Shimon comme otage en attendant de voir Binyamine, ces derniers se lamentèrent en faisant un rapprochement de leur situation avec celle de Yossef au moment de la vente; « Et ils se dirent l’un à l’autre: « En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds. Voilà pourquoi ce malheur nous est arrivé. Ruben leur répondit en ces termes: « Est ce que je ne vous disais pas alors: Ne vous rendez point coupables envers cet enfant! Et vous ne m’écoutâtes point. Eh bien! Voilà que son sang nous est redemandé. » (La Genèse 42,21-22)
Nous observons que les frères ont compris 14 ans plus tard que leur erreur était d’avoir agi envers Yossef de manière pragmatique voire froide alors qu’ils auraient du faire preuve de jugement plus humain. Mais il ne s’agit en aucun cas de regretter de quelque manière que se soit d’avoir jugé leur frère, néanmoins c’est surtout de l’avoir fait avec des préjugés qui les firent douter de leur clairvoyance.
Quel était donc le motif pour lequel ils sont arrivés a agir de telle sorte; et quelle est la raison pour laquelle ils n’ont pas jugé bon de demander à Yaacov leur père de trouver lui-même la réponse adaptée face au problème existentiel que leur posait Yossef ?
La réponse que nous propose le Sfourno est des plus subtiles ; les frères de Yossef savaient parfaitement que chacun d’entre eux avait une mission spécifique dans le projet spirituel du peuple Juif et c’est la raison pour laquelle ils ne comprenaient ni pourquoi Yossef se permettait d’ambitionner à devenir le premier de la lignée des rois d’Israël, ni pourquoi leur père avait sciemment approuver les intentions de son fils en lui offrant une tunique à rayures, symbole du roi vêtu d’habits de grande valeur.
De plus, comme nous l’explique le Maguid de Doubno, les frères savaient que l’un d’entre eux allait donner naissance à la lignée des rois d’Israël, mais en même temps ils n’imaginaient pas que Yossef pouvait être l’élu du fait de son comportement hautain envers eux et la facilité avec laquelle il se permettait de raconter à Yaacov tous leurs méfaits, lorsqu’on sait que la mission première du roi est d’être le représentant d’Hachem, avec toute l’humilité que ça nécessite !!!
Enfin, du fait que Yaacov avait pris parti pour Yossef en lui offrant cette fameuse tunique, ses autres fils n’ont à aucun moment jugé utile d’en parler à leur père, le considérant parti prenante donc dans l’impossibilité totale d’apporter une solution partiale et juste à ce problème. Là, résidait leur erreur et cet exemple nous aidera à saisir encore plus fort le message qui est transmis ici à chacun d’entre nous:
Un groupe de personnes sur un bateau guette à l’horizon la terre ferme quand soudain le capitaine muni de ses jumelles s’écrie ‘terre a bâbord’! Les gens suivent son regard mais ne voient rien à vu d’oeil, alors ils le traitent de menteur. Mais l’un d’entre eux les fait taire en leur disant ‘comment pouvez-vous douter du capitaine alors qu’il est le seul a disposer de jumelles pour voir au loin?’
Comment les fils de Yaacov pouvaient penser que leur père voyait les choses du même objectif qu’eux? Yaacov, le plus parfait des Avot, son visage gravé sur l’un des pieds du trône céleste, jugerait les situations de manière subjective? Est-ce qu’on pouvait parler de décision à la majorité quand Yaacov disposait d’un champ de vision mille fois plus grand que ses propres enfants?
Voila comment l’homme peut passer complètement à côté de sa vie et des bonnes décisions quand il ne prend pas la peine de demander conseils aux grands de la génération, aux rabbanim qui voient par discernement alors que lui est dans le flou !!!
Si jamais nous pouvions à notre niveau transposer l’histoire de la vente de Yossef par ses frères dans notre vie quotidienne, nous verrions facilement combien de fois nous avons pensé être les seuls à pouvoir décider de ce qui est bon pour nous et réaliser, parfois des dizaines d’années plus tard, à quel point nous avions tout faux. Par extension nous pouvons ajouter que l’autre enseignement de ce tragique épisode de la Torah est qu’il est évident qu’on ne peut vivre son judaïsme de manière personnelle sans tenir compte des mauvaises influences de notre entourage et qu’il est essentiel voire vital de vivre près de nos maîtres qui pourront mieux nous connaître et ainsi nous conseiller d’après le Daat Torah, ce discernement que seule la Torah peut nous garantir qu’il est des plus objectifs possible à l’échelle humaine !
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